jeudi 19 octobre 2017

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Paris et Londres coopèrent dans le nucléaire militaire

Isabelle Lasserre, le Figaro

mardi 2 novembre 2010, sélectionné par Spyworld

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Nicolas Sarkozy et David Cameron doivent signer ce mardi un traité rapprochant leurs armées et leurs industries de défense en matière de sous-marins, de drones ou de missiles.

Ensemble et en quelques mois seulement, Nicolas Sarkozy et David Cameron ont réussi là où quinze ans d’efforts pour créer une vraie défense européenne, surtout menés par la partie française, avaient en grande partie échoué. Le premier ministre britannique et le président français signeront ce mardi, à Londres, un traité de défense et de sécurité destiné à développer la coopération entre les forces armées de leurs deux pays ainsi que « leur déploiement conjoint ». Le texte ne sera pas rendu public mais, selon l’Élysée, son contenu est « considérable ».

Le rapprochement des défenses française et britannique balaie presque tous les domaines. Mais l’un, le nucléaire, est plus sensible et symbolique que les autres. Tout en garantissant le caractère indépendant de leur dissuasion, Londres et Paris vont sceller mardi une « coopération sans précédent » visant à tester la performance des ogives nucléaires et la sécurité des arsenaux des deux pays, dans l’installation scientifique française de Valduc, en Bourgogne, qui sera terminée en 2022. Côté britannique, elle sera appuyée par un centre de recherche installé à Aldermaston. Cette entente particulière fera l’objet d’un traité particulier entre David Cameron et Nicolas Sarkozy, qui sera conclu mardi et pour cinquante ans. Comme le dit un responsable à l’Élysée, « le fait d’avoir trouvé un accord sur un sujet majeur comme le nucléaire militaire prouve un degré de confiance entre nos deux pays qui n’a jamais été égalé. Il va permettre de développer tout le reste ».

À Londres, une lettre d’intention prévoyant « un nouveau cadre d’échange » entre nos forces sur des théâtres d’opération sera également signée par les deux ministres de la Défense. Une force expéditionnaire commune interarmées adaptée à toutes les opérations, y compris à forte densité, et disponible sur préavis, devrait être créée. La décision du livre vert britannique de remplacer en 2016, sur les porte-avions, le système de décollage vertical par le catapultage, rendant ainsi compatibles les navires et les aéronefs des deux pays, autorisent les marines britannique et française à coopérer, d’abord autour du Charles-de-Gaulle, puis, dès 2020, autour du nouveau porte-avions britannique.

Coopération renforcée sur les drones et les missiles

Au-delà, le sommet de Londres sera aussi l’occasion d’annoncer un renforcement des liens sur le programme A 400M (entretien, formation des pilotes, ravitaillement en vol), une coopération technologique sur les sous-marins nucléaires - à l’exclusion des cœurs nucléaires et des lanceurs - une harmonisation des systèmes antimines, une coopération accrue dans le domaine des drones, devenu essentiel pour les forces armées, dans celui des missiles et dans celui de la recherche.

Les deux pays vont ainsi travailler dès l’an prochain à la conception de la future génération de drones de surveillance « moyenne altitude, lon gue endurance » qui doivent être conçus entre 2015 et 2020, et lancer en 2012 un « programme commun de démonstrateur » destiné à préparer les futurs « drones de combat » susceptibles d’entrer en service en 2030.

Sur le plan des missiles, Paris et Londres doivent dévoiler ce mardi un « plan stratégique décennal » destiné, selon l’Elysée, à faire éclore un « maître d’oeuvre européen unique ». Dès 2011, les deux pays vont ainsi travailler à un nouveau missile anti-navireau successeur du missile de croisière Scalp et à un projet de missile aérien de courte portée.

Des réalités économiques

Au total, selon l’Élysée, « un programme qui nous engage pendant des décennies et va profondément structurer nos défenses et nos industries ». Sous-tendu par les volontés de Nicolas Sarkozy et de David Cameron, ce rapprochement historique a été forcé par la crise économique qui, en imposant des restrictions budgétaires de part et d’autre de la Manche, pouvait conduire les armées française et britannique à un « décrochage ». Afin de rester des puissances globales, Londres et Paris, les deux poids lourds européens en matière militaire, sont aujourd’hui condamnés à coopérer, pour faire des économies, quitte à accepter « une interdépendance mutuelle » dans certains domaines, affirme-t-on à l’Élysée. S’unir pour survivre.

Les responsables français en sont persuadés : le retour de Paris dans le commandement intégré de l’Alliance, en faisant disparaître la méfiance de nos partenaires, qui soupçonnaient la France de vouloir affaiblir l’Otan, a contribué à resserrer les liens avec Londres tout en faisant disparaître les réticences américaines. « Sans ce retour, il aurait été psychologiquement et politiquement plus difficile d’obtenir cet accord », poursuit le responsable de l’Élysée.

Tout cela n’est censé être que la « première pierre » d’un projet qui pourrait un jour être encore plus ambitieux. Si d’autres pays européens se décidaient à rejoindre la locomotive militaire franco-britannique de l’Europe…


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