mercredi 13 décembre 2017

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Comment les agences de renseignement infiltrent les réseaux terroristes

AP

mercredi 10 novembre 2010, sélectionné par Spyworld

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Les agences de renseignement occidentales, avec l’aide de leurs homologues dans les pays musulmans, ont réussi ces dernières années à infiltrer Al-Qaïda et les talibans. L’utilisation de "taupes" et d’agents doubles porte ses fruits dans la péninsule arabique, où elle a permis de déjouer le récent complot des cartouches d’imprimantes piégées, mais s’avère beaucoup plus difficile le long de la frontière pakistano-afghane.

"Nous pénétrons les organisations terroristes pour voir d’où viendront les prochaines menaces", a déclaré fin octobre sir John Sawers, le directeur du MI6, les services du renseignement extérieur britannique.

D’après des responsables de la sécurité yéménites, c’est grâce à un "tuyau" livré par un informateur qu’ont été découverts les explosifs cachés dans des cartouches d’imprimantes fin octobre. Ces colis piégés expédiés du Yémen étaient adressés à deux synagogues de Chicago. Leur explosion aurait pu être aussi dévastatrice que l’attentat de Lockerbie (270 morts en 1988), selon des responsables.

Dans le cas des cartouches, l’informateur était un ancien activiste d’Al-Qaïda, un Saoudien sorti de Guantanamo en 2007, affirment les sources yéménites.

L’Arabie saoudite a mis en place un programme de "réhabilitation" des présumés terroristes. Sur les près de 800 prisonniers qui ont été détenus à Guantanamo, environ 120 ont suivi le programme saoudien. Parmi eux, environ 25 ont repris les armes tandis qu’une poignée ont accepté de travailler comme espions pour les Saoudiens, rapportent deux responsables gouvernementaux européens ayant requis l’anonymat.

Après avoir suivi le programme de réhabilitation, l’informateur des cartouches a passé du temps au Yémen puis il s’est rendu aux autorités saoudiennes fin septembre. Les responsables yéménites estiment que cet homme était probablement un agent double placé par Riyad. Les responsables européens soulignent que si cet informateur a donné les grandes lignes du plan, Riyad possédait aussi d’autres sources.

"L’Arabie saoudite est l’un des rares pays à avoir établi des contacts de renseignement locaux au Yémen, en dépensant environ 300 millions de dollars (220 millions d’euros) par an pour soutenir ce réseau de sécurité", explique Maajid Nawiz, un activiste qui a co-fondé un groupe de réflexion anti-extrémisme en Grande-Bretagne. "Ils ont aussi réussi à infiltrer les tribus du Marib, au Yémen."

Pour cela, Riyad use d’importantes incitations financières -prêts et allocations- à destination des familles des anciens terroristes devenus agents doubles, mais aussi de leurs tribus, expliquent les responsables européens.

Cette stratégie s’avère plus ardue le long de la frontière pakistano-afghane. Plus de 50 informateurs ont été exécutés par Al-Qaïda ou les talibans au cours des sept années écoulées, rapporte un responsable militaire pakistanais.

Moazzam Begg, un Britannique détenu pendant plus de deux ans à Guantanamo, raconte que la CIA (américaine), le MI5 et le MI6 (britanniques) ont tenté à plusieurs reprises de le convaincre de travailler pour eux. Il estime que peu d’anciens prisonniers peuvent accepter de travailler pour les renseignements américains ou pakistanais, dont ils estiment qu’ils ont joué un rôle dans leur capture et leur détention.

En outre, les régions tribales à la frontière pakistano-afghane sont difficiles à infiltrer, car elles sont le théâtre d’une activité militaire intense, souligne-t-il.

En revanche, un ancien responsable afghan a affirmé à l’AP sous le couvert de l’anonymat que son pays avait envoyé des dizaines d’Afghans dans ces régions tribales côté pakistanais et qu’ils avaient ramené des renseignements utiles aussi bien aux forces de l’OTAN qu’au gouvernement de Kaboul.


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