mercredi 13 décembre 2017

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Le renseignement, un élément décisif contre le terrorisme, au delà de la menace nucléaire

Olivier Rimmel, Observabilis.com

samedi 21 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

ors d’une conférence donnée depuis une base militaire stratégique française en janvier 2006, Jacques Chirac, Président de la République Française, et donc également Commandant Des Armées a rappelé que s’il était avéré qu’un état ou qu’un gouvernement terroriste attaquait la France, la réponse pourrait être nucléaire. Selon lui, la France n’est pas à l’abri de "surprises et autres retournements stratégiques internationaux". La situation mondiale sur le plan des crises étant plus tendue que jamais, en cas de conflit, l’arme nucléaire française pourrait être utilisée pour la défense du pays et de ses alliés, de manière ciblée a-t-il précisé.

Le ton est donné. La menace nucléaire militaire, c’est rien de moins que le plus haut niveau défensif. Autant dire que si Jacques Chirac évoque l’arme nucléaire aussi directement et ouvertement, la menace terroriste est non seulement bien réelle, mais également à son plus haut niveau, et très proche de nous. En allant plus loin, quand on analyse les propos du Président, on s’aperçoit qu’il ne cherche plus réellement à utiliser le pouvoir historique et dissuasif du nucléaire, probablement parce qu’il sait que ce pouvoir n’en est plus vraiment un dans un monde où presque tous nos ennemis identifiés disposent potentiellement d’un armement nucléaire plus ou moins légal, mais qu’il évoque la réponse défensive, le stade opérationnel, l’usage de bombes nucléaires, de bombardements de missiles nucléaires, très concrêtement.

Une fois de plus dans l’histoire, et seulement quelques années après la fin de la guerre froide, l’Humanité frôle l’irréparable.

Nous pouvons nous poser certaines questions bien légitimes : ceux qui, partout, cherchent à nous nuire, ceux qui cherchent à saboter, harceler, terroriser le système occidental libre et ses peuples libres, les gouvernements terroristes entendent-ils le message de Chirac ? Comment réagiront-ils à de telles menaces ? Les "populations terroristes" vont-elles cesser d’envisager de nous perturber, de nous attaquer et de nous saboter pour autant ? Le terrorisme mondial va-t-il trembler en écoutant les propos d’un Président Chirac, aussi respectable soit-il. A mon sens, probablement pas, bien au contraire.

Je crois qu’il est juste, réaliste et honnête d’affirmer que le terrorisme est en passe d’atteindre son objectif.

Même si le nucléaire reste dissuasif contre des états et des gouvernements structurés et intégrés qui ont une conscience de leur responsabilité sur le plan international, la réponse nucléaire défensive à une attaque terroriste n’est pas du tout adaptée, car elle interviendra dans tous les cas à posteriori d’une offensive terroriste, forcément dramatique pour ceux qui la subiront.

Gardons toujours à l’esprit que les extrémistes qui pratiquent le terrorisme dans ses actions les plus violentes, les plus sournoises et les plus extraordinaires n’ont souvent rien à perdre, et tellement à gagner à entretenir la déstabilisation. Soyons réalistes, l’utilisation nucléaire contre le terrorisme déstabilisera durablement le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui.

Je ne dis pas qu’il ne faudra jamais utiliser le nucléaire en réponse à une action terroriste majeure, je dis que quand nous l’utiliserons, il sera hélas déjà trop tard pour nombre d’entre nous. Bien entendu que dans l’idéal, il ne faudrait jamais avoir à utiliser l’arme nucléaire.

Un état doit pouvoir disposer d’une réponse militaire adaptée à une menace extérieure sérieuse, l’arme nucléaire face au terrorisme international est une réponse adaptée uniquement dans la pire des hypothèses, tout en ne résolvant rien au problème de fond.

Je pense qu’il faut regarder la menace terroriste bien en face, avec tout le sérieux qu’il mérite. Je suis inquiet et perplexe quand j’entends des spécialistes, des militaires, des politiciens, des stratèges déclarer qu’il ne faut pas craindre les terroristes, qu’ils ne nous effraient pas, que nous ne fléchirons jamais face au terrorisme, que nous ne négocierons pas avec les terroristes, et que nous gagnerons le combat quoi qu’il arrive, dans un conflit mondial que nous n’avons pas voulu.

D’une manière générale, il ne faut jamais négliger ou sous-estimer son ennemi. En matière de terrorisme, je dirais qu’il faut plus que jamais craindre son ennemi, le prendre très au sérieux, le redouter tant il est violent, sournois, capable du pire voire de l’impensable. Le terroriste n’est pas un ennemi conventionnel, prévenir le terrorisme nécessite de prendre des mesures originales et audacieuses. Ayons le courage d’admettre que nous faisons face à la pire des menaces.

Face au terrorisme dans sa forme la plus extrême, notamment celle que nous connaissons et redécouvrons quotidiennement en allumant notre poste de télévision, ou en lisant la presse, ce n’est pas être ni bien sérieux, ni suffisemment objectif que de se comporter comme des gens intouchables, terriblement sûrs d’eux et de leur capacité à se confronter au terrorisme et à se préserver dans la terreur, pour finalement se garantir la victoire coûte que coûte en s’auto-convaincant de celà.

Pendant que notre civilisation occidentable palabre sur le fait que ses peuples libres vaincront le terrorisme sans qu’on sache précisemment comment, sauf en imposant la démocratie en payant le prix fort, les terroristes infiltrés préparent chaque jour de nouvelles actions pour déstabiliser et saboter un peu plus tout ce que nous tentons d’améliorer ou de conforter.

Nous ne savons pas précisemment contre qui nous devons nous battre, nous ne connaissons pas bien nos ennemis, nous ne savons pas clairement les identifier, ni les localiser, nous ne savons pas ce qu’ils préparent, nous n’avons que de vagues renseignements imprécis et partiels, d’innombrables hypothèses.

Ce que nous pensons savoir, c’est que nos ennemis sont parmis nous, ils nous observent, nous écoutent, ils apprennent de nous, ils s’adaptent, ils évoluent en fonction de ce que nous mettons en oeuvre pour notre défense, ils s’arrangeront toujours pour être là où nous ne les attendons pas, et puisqu’ils agissent en très petits groupes, dans l’ombre et en quasi autonomie, ils auront toujours une longueur d’avance.

Je suis perplexe devant ceux d’entre nous trop sûrs d’eux qui cherchent à nous rassurer, je préfère les gens très sûr d’eux, objectifs et en phase avec la réalité. La lutte contre le terrorisme telle qu’elle est menée actuellement n’a strictement rien de rassurant, et nous le savons tous.

De mon point de vue, la seule réponse combinée au problème du terrorisme, c’est le renseignement et le contrôle préventif permanent, une sorte de culture de la vigilance au sein même de la société civile.

Un continent comme l’Europe, et plus localement un pays comme la France devraient stimuler la surveillance de ses territoires en développant des réseaux de renseignements dignes de ce nom, via une agence centrale du renseignement, l’ensemble administré par le ministère de l’intérieur, en relation avec les armées.

Le reporting d’informations liées à des activités suspectes d’individus ou de groupes d’individus doit être rendu légalement possible, simplifié, amélioré et fluidifié, la "cohésion civile et citoyenne" devrait être une priorité, et devrait prendre forme notamment par la voie de la contribution volontaire individuelle spontanée, ou élaborée dans le cadre d’une relation nouvelle à créer entre les citoyens et les institutions judiciaires. Les données récoltées devraient être centralisées, évaluées et exploitées par un service central du renseignement, qui fera contrôler les informations exploitables par des agents de terrains rattachés à l’agence. L’internet pourrait jouer un rôle majeur dans la simplification des récoltes d’informations à l’echelle nationale, et comme interface entre le ministère de l’intérieur et les citoyens qui souhaiteraient collaborer et apporter leur contribution.

Les entreprises, les associations, et même les particuliers pourraient ainsi largement collaborer à la lutte antiterroriste, le plus sereinement possible, en toute intelligence. Le ministère de l’intérieur pourrait agréer toutes les personnes physiques ou morales qui souhaiteraient informer et renseigner ses services, sur la base d’une pré-enquête de bonne moralité, en envisageant même une rétribution financière. Une entreprise qui constate qu’un membre de son personnel a un comportement suspect devrait pouvoir reporter ces informations pour être évaluées et contrôlées par des professionnels de la sûreté, au même titre qu’un particulier qui estime que son voisin a des agissements ou des activités douteuses de nature à faire penser qu’il peut être lié de près ou de loin à une activité terroriste, ou à son financement.

Un site internet officiel gouvernemental pourrait lister les profils de suspects recherchés, les comportements suspects, les activités suspectes, les déplacements suspects, en toute transparence, dans l’espoir d’obtenir des remontées d’informations et de renseignements par des citoyens confrontés à l’un ou l’autre des cas de figure, par le biais de formulaires électroniques, après que l’émetteur du renseignement se soit lui même identifié dans la mesure du possible.

Vous ne partagerez peut-être pas spontanément mes idées, car vous craindrez les dérives liées à la délation, et vous prendrez peur à l’idée que quelqu’un qui vous veut du mal puisse reporter des informations fausses contre vous, une information n’est pas une preuve, ni une plainte, et les problèmes de droit commun ne seront pas traités, les fausses déclarations feront l’objet de poursuites, le droit prévoit déjà ces cas particuliers. Seuls les renseignements exploitables dans le cadre d’affaires de terrorisme seraient exploités et vérifiés.

Contre le terrorisme, plus nous serons nombreux unis et vigilants, plus nous préviendrons les risques, et moins nous serons rendus perméables aux attaques, aux sabotages et aux infiltrations. Les terroristes doivent savoir que désormais tous les citoyens qu’ils croisent au quotidien sont autant de paires d’yeux qui les observent. Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous ne serez pas gêné dans une telle société sécurisante.

Le pays qui parviendra à mettre au point une agence de renseignement efficace, accessible et transparente, mettant à profit des technologies innovantes de communication et la puissance de démultiplication de son propre peuple vigilant et contributif en matière de renseignement ouvert et de lutte contre la criminalité de haut vol, en isolant et surveillant tous les individus douteux, ce pays marquera un point décisif dans la lutte contre le terrorisme sur son territoire.


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