samedi 21 octobre 2017

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Facebook sème le trouble dans la police et dans l’armée

Benjamin Ferran, le Figaro

dimanche 21 novembre 2010, sélectionné par Spyworld

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Des patrons de la police et de l’armée craignent que des informations confidentielles ou dangereuses pour la sécurité soient dévoilées sur le réseau social. Des scandales ont déjà éclaté en Israël, aux États-Unis, mais aussi en France.

Les policiers et les militaires qui postent des photos de leurs gardes à vue, s’épanchent sur leurs collègues et se géolocalisent en plein milieu d’une opération secrète sont la nouvelle frayeur des états-majors. Depuis peu, les hiérarchies de la police et des armées enchaînent les mises en garde sur l’usage par leurs troupes du plus populaire des réseaux sociaux et rappellent que le devoir de réserve s’applique aussi aux propos tenus en ligne.

Dans une note de service rendue publique cette semaine, le Directeur général de la Police nationale (DGPN), Frédéric Péchenard, constate que « de nombreux policiers » sont inscrits sur Facebook. Environ un millier de Français disent appartenir à la police ou à la gendarmerie, selon les statistiques du site, mais tous ne déclarent pas leur employeur. Or, ces policiers se montrent parfois trop bavards. Certains « détaillent des aspects de leur vie personnelle ou professionnelle », explique le patron de la police.

Dans cette note, Frédéric Péchenard prévient que tous les manquements aux règles de déontologie sont « passibles de poursuites pénales et disciplinaires ». Les renseignements peuvent en effet « exposer les intéressés à d’éventuelles actions de malveillance » et « porter atteinte » à leur « réputation » ainsi qu’à celle de la police. L’an dernier, un jeune gendarme qui affichait son goût pour les passages à tabac, et se disait ouvertement « d’extrême droite, mais très extrême », a été suspendu durant un mois par sa hiérarchie.

A l’étranger, les forces de l’ordre sont confrontées aux mêmes comportements. Le chef de la police londonienne s’est élevé dès 2008 contre la publication par les policiers de photos d’accidents de voitures, dont ils plaisantaient ouvertement. En Belgique, un policier a dû s’expliquer après la mise en ligne de photos de ses interpellations. Récemment, des images de Palestiniens ligotés publiées par une ancienne militaire ont déclenché une polémique en Israël.

« Des conséquences dévastatrices »

Les cas les plus préoccupants touchent à la mise en ligne d’informations confidentielles. L’an dernier, la femme d’un agent du MI6 anglais a mis en ligne sur Facebook des photos et des informations personnelles sur sa famille, dont son adresse londonienne. En mars, une intervention israélienne a dû être retardée, après qu’un soldat de Tsahal a posté sur sa page les détails d’une future opération. Ce message lui a valu dix jours d’emprisonnement.

Pour limiter ces fuites, la police française invite les policiers qui bénéficient d’une habilitation « secret défense » à se montrer particulièrement vigilants. Il est en effet aisé de se faire duper. Un expert américain en sécurité, qui s’est fait passer sur Facebook pour une chercheuse de 25 ans, a été accepté comme ami par des membres du Département de la défense, de la NSA (agence de sécurité nationale), de militaires et d’employés de fabricants d’armes. Il a pu accéder à leurs profils et leurs messages, qui contenaient des informations confidentielles.

Pour l’armée de l’air américaine, « une utilisation imprudente » des réseaux sociaux risque d’avoir « des conséquences dévastatrices pour la sécurité des opérations et la vie privée » des militaires. Elle redoute que les statuts sur Facebook révèlent des informations secrètes sur les missions en Irak et en Afghanistan. Début novembre, elle a aussi mis en garde les aviateurs, les appelant à « comprendre les implications de l’utilisation des services de géolocalisation », qui permettent d’indiquer à ses amis où l’on se trouve.


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