dimanche 22 octobre 2017

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Al-Qaida au Yémen mise sur le terrorisme à moindre coût

Georges Malbrunot, le Figaro

lundi 22 novembre 2010, sélectionné par Spyworld

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Pour masquer son incapacité à frapper fort, la nébuleuse encourage les djihadistes à économiser leurs moyens financiers et humains.

Deux téléphones portables achetés 150 dollars pièce, deux imprimantes valant 300 dollars chacune, plus des frais de transport et d’autres coûts annexes pour un montant total de seulement 4 200 dollars : dans la dernière édition de sa « cyber-revue » en anglais Inspire, al-Qaida dans la péninsule arabique (Aqpa) livre le coût incroyablement faible de sa dernière opération, qui a suscité la panique sur le marché du transport aérien mondial.

Deux colis piégés en provenance du Yémen, sanctuaire d’Aqpa, et à destination de lieux de culte juifs aux États-Unis, ont été interceptés le 29 octobre au Royaume-Uni et à Dubaï. Cette tentative d’attentat serait le fruit du « travail de moins de six djihadistes pendant trois mois », précise la revue, qui fournit un luxe de détails sur cette opération appelée « Hémorragie ».

« Nous n’avons jamais vu un groupe situé dans l’orbite d’al-Qaida publier, à peine quelques semaines après les faits, un compte rendu aussi détaillé sur sa philosophie et ses intentions », réagit Ben Venzke, le directeur d’Intelcenter, un centre de surveillance des sites islamistes. Pour les experts américains, trois hommes seraient à l’origine de cette opération : l’opérationnel saoudien Ibrahim al-Assiri, expert en explosifs qui aurait fabriqué la pentrite dissimulé dans les colis, le communicant Samir Khan, un Américain de Caroline du Nord réfugié au Yémen en 2009 et vraisemblablement Anwar al-Awlaqi, ce prédicateur américain d’origine yéménite dont la tête a été mise à prix par Washington, mais qui est protégé par sa tribu dans la province de Shabwa.

Née de la fusion des branches saoudienne et yéménite en janvier 2009, Aqpa a tiré les leçons de l’incapacité d’al-Qaida à frapper lourdement sur le sol américain, après le 11 Septembre. « Pour mettre à terre les États-Unis, nous n’avons pas besoin de frapper un grand coup », affirme le magazine Inspire, qui ajoute : « Dans l’environnement sécuritaire qui parcourt toute l’Amérique, il est plus aisé de mettre en place des attaques réclamant moins d’intervenants et de temps, et ainsi nous pourrons sans doute contourner les barrières de sécurité que l’Amérique s’est efforcée d’ériger. » Désormais, la stratégie d’Aqpa est claire : harceler les États-Unis ainsi que leurs alliés et, pour masquer son incapacité à frapper fort, surtout bien le faire savoir via Inspire ou Sala al-Malahin, ce site qui ne cesse de louer les vertus des tribus yéménites, ultime refuge des quelque 500 à 600 membres de la succursale d’al-Qaida.

Savoir s’adapter au terrain

Dirigée par Nasser al-Wahayshi, l’ancien secrétaire d’Oussama Ben Laden en Afghanistan, Aqpa s’attache à respecter les consignes d’al-Qaida central tout en évitant de commettre les mêmes erreurs que la branche irakienne de la mouvance terroriste. « Plutôt que des attaques spectaculaires qui tueraient de nombreux civils yéménites ou saoudiens, Aqpa préfère des opérations plus petites », analyse le spécialiste britannique Ryan Evans, qui s’appuie sur les deux lettres envoyées par Ayman al-Zawahiri et Abdel-Rahman Atiyah puis interceptées par les services de renseignements américains. Les consignes émises par les proches de Ben Laden à l’Aqpa étaient triples : ne rien faire qui puisse vous aliéner le soutien du peuple, être moins rigide idéologiquement (surtout vis-à-vis des chiites) et savoir s’adapter au terrain.

La filiale saoudo-yéménite a retenu la leçon. En quinze mois, avec peu de moyens mais beaucoup d’inventivité, elle a failli abattre le prince Mohammed Ben Nayef, patron de l’antiterrorisme saoudien. Elle a aussi semé la panique en envoyant un étudiant nigérian lesté de pentrite se faire exploser sur un vol Amsterdam-Detroit. Enfin, elle a imaginé l’affaire des colis piégés.

Ces semi-échecs ont en commun d’obliger l’ennemi à dépenser des fortunes pour se protéger contre une menace au coût ridiculement bas. Depuis leur tanière yéménite, les sbires de Ben Laden s’en félicitent d’ailleurs ouvertement : leur ultime opération va coûter « des milliards de dollars en nouvelles mesures de sécurité pour les États-Unis et les autres pays occidentaux. C’est ce qu’on appelle un bon retour sur investissement ».


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