dimanche 22 octobre 2017

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"Kryptos", l’oeuvre d’art codée du siège de la CIA

Sylvain Cypel, le Monde

vendredi 26 novembre 2010, sélectionné par Spyworld

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Avant l’inauguration de son quartier général en Virginie, en 1990, la CIA avait lancé un concours - doté de 250 000 dollars - pour placer une sculpture dans sa cour d’entrée. L’agence du renseignement extérieur américain avait laissé toute liberté aux artistes. Le cahier des charges tenait en une idée : l’oeuvre devait "générer des sentiments de bien-être et d’espoir". Le projet du sculpteur Jim Sanborn fut retenu. Il a inscrit quatre phrases, avec l’aide d’un cryptographe de la CIA à la retraite, sur un grand mur incurvé en granit. C’est une oeuvre mais aussi un casse-tête offert à qui veut bien s’y coller. Car les quatre phrases sont codées, les lettres s’alignant dans le désordre.

Trois d’entre elles ont été décryptées durant les années 1990. Mais la quatrième, intitulée "Kryptos" ("cache", en grec), comportant une centaine de caractères, s’est avérée rétive aux tentatives des spécialistes les plus assidus. Un peu comme les fameux codes des Indiens Navajos utilisés par l’armée américaine pendant la seconde guerre mondiale et qui se révélèrent impossibles à casser pour tous ses adversaires. Jim Sanborn a toujours assuré que "Kryptos" n’était pas plus difficile à percer que les trois autres phrases. Mais personne n’y est parvenu en vingt ans. Au point que l’affaire, sans atteindre la gloire du dernier théorème de Fermat, est devenue une légende pour un cercle croissant d’initiés. Et une source d’inspiration pour littérateurs en veine de théâtralité facile. Ainsi, Dan Brown l’introduisit dans son Da Vinci Code.

Code d’accès au Graal

Depuis des années, des aficionados de "Kryptos" écrivaient à M. Sanborn pour lui exposer leurs hypothèses et découvertes, parfois agrémentées de dizaines de pages d’équations, et pour l’interroger : sont-ils sur la bonne piste ? Le sculpteur aurait pu en sourire. Car son énigme a été décrite de mille façons par ceux qui cherchent la clé de la compréhension de l’univers : elle recèlerait le code d’accès au Graal, d’anciens secrets maçonniques, voire la lecture de Nostradamus...

Or Jim Sanborn en a un peu assez. Loin de flatter la vanité du sculpteur, cette notoriété suscita en lui une contrariété croissante. En rationaliste malgré lui, il déclare au New York Times : "Quiconque possède un secret détient une position de force, même lorsque ce secret est trivial." Certains doutant même qu’il connaisse la réponse, le sculpteur a fini par craquer. Toujours au New York Times, il confie qu’il a 65 ans et qu’il ne veut pas attendre "encore des décennies" avant qu’un petit génie brise enfin son code. En fin de semaine dernière, il a livré pour la première fois un indice : les six caractères allant du 64e au 69e sur les 97 de "Kryptos", à savoir NYPVTT, signifient BERLIN. Il reste 91 caractères à décrypter. Mais il est possible, comme il l’avait fait pour les trois autres phrases, que M. Sanborn ait introduit une ou deux "erreurs" - des signes qui dérogent au code ou des coquilles. Et maintenant au travail.


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