dimanche 17 décembre 2017

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Bradley Manning, la « taupe » présumée de WikiLeaks

Jim Jarrassé, le Figaro

lundi 29 novembre 2010, sélectionné par Spyworld

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Agé de 23 ans seulement, ce soldat de l’US Army est le principal suspect des autorités américaines. Arrêté en mai dernier, il encourt 52 ans de prison.

Un visage d’ange devenu la bête noire de la diplomatie américaine. A 23 ans seulement, Bradley Manning est suspecté d’avoir transmis à WikiLeaks les 250.000 documents confidentiels révélés dimanche. Avant son arrestation, en mai dernier, ce natif de l’Oklahoma était affecté dans une unité de renseignement de l’armée américaine, basée en Irak. Chargé d’analyser et de compiler des renseignements, il avait alors accès aux réseaux informatiques sécurisés, sur lesquels militaires et diplomates échangeaient des informations.

En Irak, Bradley Manning connaît des difficultés d’intégration. Notamment à cause de son homosexualité, que le jeune homme s’efforce de dissimuler, afin de respecter le règle du « Don’t ask, don’t tell », qui oblige les gays à taire leur orientation sexuelle sous peine de devoir quitter l’armée. Solitaire, son quotidien se résume souvent à servir le café aux officiers de la caserne, note le New York Times. Sa vie sociale, Bradley Manning la développe surtout sur internet. Adepte des réseaux sociaux et des forums, il échange notamment avec Adrian Lamo, un ancien hacker, connu pour avoir réussi à pirater réseaux de Microsoft et de Yahoo !.

Au printemps 2010, Manning se vante auprès de Lamo d’avoir réalisé des copies de documents confidentiels trouvés dans les bases de données auxquelles il a accès. Dans ses messages, publiés par le magazine américain Wired, il explique notamment avoir transmis à WikiLeaks près de 260.000 câbles classifiés de la diplomatie américaine. Puis avoue avoir envoyé à Julian Assange la vidéo accablante d’un hélicoptère américain ouvrant le feu sur des civils et des journalistes à Bagdad. L’un des premiers gros « coups » du site d’information participatif.

« Personne ne s’est douté de rien »

Dans sa correspondance, le jeune soldat explique ses motivations : « J’ai vu des arrangements politiques quasiment criminels (…) Des choses incroyables, horribles, qui doivent tomber dans le domaine public, et ne pas rester dans un serveur rangé dans une cave à Washington (...) Hillary Clinton, et des milliers de diplomates dans le monde, vont avoir une crise cardiaque quand ils se réveilleront un matin et découvriront qu’un répertoire complet de documents confidentiels sur la politique étrangère est accessible au grand public, avec un moteur de recherche ».

Bradley Manning détaille aussi à Adrian Lamo son mode opératoire. Il fait état de défaillances dans la confidentialité du renseignement américain : « Des serveurs faibles, des mots de passe faibles, une sécurité matérielle faible, un contre-espionnage faible, une analyse bâclée »… Si bien que le jeune homme peut copier les données avec une sidérante facilité : « J’entrais dans la salle informatique avec un CD-RW (CD réinscriptible, ndlr) à la main (...) puis j’effaçais la musique et je créais un dossier compressé. J’écoutais Lady Gaga et je chantonnais sur la musique, tout en exfiltrant ce qui peut être la plus grande fuite de l’histoire des Etats-Unis », raconte-t-il. Et d’ajouter : « Personne ne s’est douté de rien ».

Se sentant en confiance avec Adrian Lamo, Bradley Manning multiplie les confidences. Mais l’ex-hacker au casier judiciaire déjà épais, effrayé d’être accusé de complicité, finit par le dénoncer aux autorités. Le 26 mai dernier, le jeune soldat est arrêté par des agents de la cellule d’investigation de l’armée américaine. Il est détenu provisoirement dans une prison militaire basée au Koweït.Transféré dans une base de Virginie en juillet, il est alors inculpé pour avoir « communiqué, transmis et livré à une source non-autorisée des informations sur la défense nationale ». Il est aussi soupçonné d’avoir livré à WikiLeaks les 92.000 documents confidentiels sur la guerre en Afghanistan. Il encourt jusqu’à 52 ans de prison. Au Wall Street Journal, Adrian Lamo s’est dit persuadé que le jeune analyste n’a pas pu agir seul.

En attendant son procès, Bradley Manning a été élevé au rang de héros du mouvement pacifiste américain et des défenseurs de l’Internet libre. Un important comité de soutien ainsi qu’une page Facebook rassemblant plus de 12.000 personnes ont été crées pour rassembler des fonds et financer sa défense. Le site pacifiste antiwar.com a dénoncé la « campagne de diffamation » menée, selon ses auteurs, par le gouvernement américain afin de « détourner l’attention » du contenu des fuites et ne pas « débattre du sens de l’occupation de l’Afghanistan ». Cette campagne, estime antiwar.com, vise à « discréditer un jeune homme très courageux et idéaliste » qui a participé au « réveil » du peuple américain.


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