mardi 12 décembre 2017

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La France s’organise face à l’espionnage industriel

Le Figaro

lundi 10 janvier 2011, sélectionné par Spyworld

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Police, gendarmerie, services de renseignements sont de plus en plus mobilisés.

Sur la scène internationale, la guerre froide a cédé place à la guerre économique, et les James Bond se sont adaptés. Un agent de renseignements efficace doit désormais parler chinois plutôt que russe, et qu’importe s’il est une fine gâchette tant qu’il sait décrypter un bilan annuel d’entreprise. Un smartphone caché sous une table suffit pour écouter des discussions, et une cravate peut faire tomber des secrets : une société française qui accueillait une délégation chinoise pour une visite d’usine a ainsi surpris l’un des visiteurs effectuant des prélèvements de sa production en trempant l’accessoire dans une cuve !

Face à ces délinquants en col blanc venus de l’étranger, les entreprises françaises peuvent mobiliser la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). Celle-ci, bien que n’ayant pas été saisie officiellement, suit de près l’affaire Renault. La DCRI dispose d’un service dédié à l’intelligence économique, via la protection du patrimoine économique et la veille, qui se veut proche des entreprises grâce à des antennes en région (DRRI).

Les services de renseignements constituent un maillon fort de la chaîne de protection des informations stratégiques en France. La police et la gendarmerie épaulent les entreprises pour lancer les procédures en cas de vol de données, mais aussi pour sensibiliser gratuitement les salariés aux bonnes pratiques pour protéger les secrets d’affaires. De nombreuses entreprises privées proposent également leurs services pour mettre en place des procédures destinées à la protection des personnes et des secrets de fabrique.

Au niveau du gouvernement, la division interministérielle à l’intelligence économique définit la politique publique de la France en matière de protection de l’économie, de lobbying et de veille. Et pour lutter spécifiquement contre le vol d’informations via les systèmes informatiques, la France s’est dotée d’une Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi), qui veille à la sécurité informatique des sites de l’État mais aussi de ceux des entreprises depuis juillet 2009.

Convaincue de l’utilité d’une telle structure, l’Allemagne a annoncé fin décembre qu’elle mettrait en place d’ici à la fin de l’année sa propre agence nationale de sécurité des systèmes d’infor­mation.

« Empire du mal »

La Russie, elle, préfère miser sur la collecte de renseignements. Le premier ministre russe, Vladimir Poutine, a ainsi récemment appelé les services secrets extérieurs russes à participer activement à la modernisation de l’économie du pays, en pratiquant la veille « sans enfreindre la loi des autres pays », soulignant que « les services secrets de beaucoup de pays travaillent de manière significative avec les sources légales ». La France, notamment, serait particulièrement productive en la matière, quitte à ne pas toujours respecter les limites de la loi. C’est ce qui ressort d’un télégramme adressé par les États-Unis à Berlin, déniché par le site spécialiste des révélations diplomatiques WikiLeaks, et repris sur le site Internet du journal norvégien Aftenposten. Le patron du groupe allemand OHB Technology déclare dans cette missive que « la France est l’Empire du mal » en matière de vol de technologies et que « les dommages globaux infligés à l’économie allemande par l’espionnage économique français sont plus importants à ceux provoqués par la Russie ou la Chine ».

Mais plus encore qu’à leur premier partenaire européen, ce serait à elles-mêmes que les entreprises françaises nuiraient le plus : selon une note des Renseignements généraux publiée en 2007, les secrets de fabrique français sont principalement pillés par des compatriotes, davantage que par les concurrents malintentionnés issus d’autres pays européens, puis les Américains, et dans une moindre mesure les Chinois.

Renault face à une filière internationale sophistiquée

par Corinne Caillaud

Ce week-end, Renault est sorti du silence pour préciser les circonstances de l’affaire d’espionnage industriel sur son projet de voiture électrique, qui secoue l’entreprise depuis le 3 janvier. Dans une interview au Monde, Patrick Pélata, directeur général délégué a déclaré que Renault se trouvait « face à un système organisé de collecte d’informations économiques, technologiques et stratégiques pour servir des intérêts situés à l’étranger ». Une filière sophistiquée, comportant des sociétés écrans, des comptes à l’étranger, et à laquelle aurait participé un sous-traitant automobile français, intermédiaire d’interlocuteurs chinois, aurait été constituée.

Le numéro deux du groupe a assuré « qu’aucune pépite technologique, stratégique sur le plan de l’innovation, n’a pu filtrer en dehors de l’entreprise ». Seules des informations sur l’architecture des véhicules, sur les coûts et le modèle économique du programme auraient fuité. De même les travaux réalisés avec le Commissariat à l’énergie atomique sur la batterie du futur, ne seraient pas concernés.

Un dépôt de plainte de la marque au losange serait imminent, tandis que les trois cadres soupçonnés d’avoir divulgué des informations stratégiques, seraient convoqués mardi, pour un entretien préalable à un éventuel licenciement.


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