lundi 23 octobre 2017

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Comment les États-Unis abusent des drones armés

Jean Guisnel, Le Point.fr

mercredi 16 février 2011, sélectionné par Spyworld

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Un article révèle qu’en deux ans Barack Obama a ordonné 180 exécutions extrajudiciaires à l’aide de drones contre des suspects de terrorisme.

Pour qui aime se faire peur, il faut lire d’urgence dans la dernière livraison de Newsweek l’article Inside The Killing Machine ("Dans la machine à tuer"). Écrit par la journaliste Tara McKelvey à partir des confidences d’un ex-conseiller juridique du patron de la CIA, John A. Rizzo, il révèle sans fioriture les conditions dans lesquelles les services secrets américains usent et abusent de l’usage des drones armés pour tuer de manière quasi routinière des suspects de terrorisme vivant notamment dans les zones tribales pakistanaises. Rizzo, le juriste, frime quand il se vante : "Combien de profs de droit ont signé des ordres d’exécution ? (...) J’ai toujours été à cheval sur le fait que tout ceci soit fait de la manière la plus propre possible."

La procédure est d’une simplicité rare, et la CIA agit sur ordre du politique, en s’appuyant sur des directives secrètes de George W. Bush. Le conseiller juridique de la CIA, explique un témoin cité dans l’article, "a pour fonction d’aider à comprendre les lois internationales et les limites à ne pas franchir, tout en interprétant le langage spécifique des directives présidentielles". Chaque ordre d’exécution fait l’objet d’une demande motivée détaillée, avant que le conseiller juridique ne donne son approbation. La liste des personnes visées n’est jamais inférieure à trente noms, mais le plus étonnant est le nombre de ces exécutions extrajudiciaires, décidées par le seul pouvoir exécutif : quarante-deux entre 2004 et 2008, et plus de cent quatre-vingts depuis que Barak Obama est au pouvoir, voici un peu plus de deux ans ! C’est dire si l’histoire s’accélère.

La raison de ces exécutions sans procès est simple, souligne, dans l’article, le professeur de droit Kenneth Anderson : "Depuis que la situation légale et politique aux États-Unis a rendu les interrogatoires agressifs problématiques, il y a moins de raisons de chercher à faire des prisonniers que de tuer." Mais un problème juridique (au moins) se pose : les pilotes de drones de la CIA - qui opèrent majoritairement depuis le territoire américain - sont des civils. Ils sont directement engagés dans des actions militaires offensives, ce qui les rend passibles de poursuites s’ils sont identifiés. Car, souligne un des experts interrogés par Tara McKelvey, ils ne sont autres que des "combattants illégaux". Exactement la dénomination qu’utilisent les Américains pour désigner les terroristes et assimilés qu’ils pourchassent...


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