dimanche 17 décembre 2017

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Les drones européens sous la menace du syndrome Rafale

Cyril Altmeyer, Reuters

mercredi 16 février 2011, sélectionné par Spyworld

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Le syndrome Rafale va-t-il toucher les drones ? Au moment où l’avion de combat de Dassault Aviation mène une guerre fratricide avec deux concurrents européens à l’export, plusieurs programmes de drones sont en préparation en Europe, en pleine période de réduction budgétaire.

L’accord anglo-français de novembre 2010, inédit par son ampleur, a apporté une lueur d’espoir : que les deux poids lourds européens de la défense unissent leurs efforts dans les drones, quitte à entraîner d’autres pays dans leur sillage.

Mais l’hypothèse d’achats "sur l’étagère" de drones américains Predator, évoquée par le ministre de la Défense Alain Juppé pour les besoins spécifiques de la France, attise les craintes sur le sort d’un programme onéreux de drone de nouvelle génération pouvant être opérationnel à la fin de la décennie.

EADS a proposé au premier semestre 2009 le Talarion, drone de moyenne altitude longue endurance (MALE) destiné à succéder à l’actuel Harfang utilisé notamment en Afghanistan. Le programme destiné à la France, l’Allemagne et l’Espagne, d’un coût total estimé à près de trois milliards d’euros, attend toujours le feu vert des Etats concernés.

Nicolas Chamussy, responsable des drones chez Cassidian, filiale d’EADS, explique notamment le coût du Talarion par sa capacité à s’intégrer dans le système aérien.

"Il n’y aurait rien de pire qu’un alignement de tous les pays (...) sur le besoin de systèmes à peu près équivalents, mais qu’on n’arrive pas à sortir des chausse-trappes dans lesquelles on est dans le domaine de l’aviation militaire en Europe", souligne-t-il, faisant référence à la concurrence du Rafale français avec l’Eurofighter et le Gripen suédois.

CACOPHONIE

La toute nouvelle collaboration anglo-française a ouvert un boulevard au Système de drone MALE (SDM) du tandem Dassault Aviation/Thales allié au britannique BAE Systems, mais sans EADS.

"De manière pragmatique, on fait de l’européen à deux", résume Eric Trappier, directeur général chargé de l’export chez Dassault Aviation. "La non-décision sur un certain nombre de choses sur les drones fait qu’aujourd’hui il n’y a pas de drone fabriqué ou complètement développé en Europe disponible."

Cette cacophonie intra-européenne illustre les difficultés du Vieux Continent à unir ses efforts alors qu’il accuse déjà du retard sur les mastodontes américains comme Northrop Grumman, Boeing, Lockheed Martin et General Atomics, ou sur des groupes israéliens tel IAI.

Selon les nouvelles prévisions de l’institut américain Teal Group communiquées à Reuters, les dépenses mondiales en drones devraient atteindre 103,5 milliards de dollars sur la période 2011-2020, dont les trois quarts effectuées par les Etats-Unis et 10% par l’Europe.

Les futurs avions de combat furtifs pourraient être des drones, au prix d’un coûteux saut technologique, et les choix stratégiques actuels auront des répercussions à très long terme.

"Si on achète des Predator aujourd’hui, cela voudrait-il dire qu’on ne développerait pas de drones de combat en France ?", s’interroge Guillaume Rochard, associé spécialiste de l’aéronautique et la défense chez PriceWaterhouseCoopers.

"Si on décidait de ne pas investir en recherche et développement sur le drone de combat, comment pourrions-nous maintenir notre savoir-faire en matière d’aviation de combat ?"

Les tensions budgétaires actuelles et la logique économique nécessiteraient une rationalisation des efforts dans la recherche technologique en amont qui coûte cher, souligne Guillaume Rochard.

"Mais jusqu’où les différents industriels, souvent en concurrence, sont-ils prêts à mettre en commun leurs connaissances respectives ? Il s’agit de technologies extrêmement novatrices et, potentiellement, les uns et les autres n’ont pas envie de dévoiler leur jeu", poursuit-il.

Jean-Noël Stock, vice-président du pôle englobant les drones chez Thales Systèmes Aéroportés, voit d’un oeil positif l’émulation entre plusieurs bureaux d’étude en Europe, soulignant au passage qu’un drone acheté hors d’Europe limite à terme son usage.

"Avec un drone qui ne serait pas d’origine européenne, on n’aurait jamais la garantie totale qu’on maîtrise totalement les informations montantes et descendantes", prévient-il.

La guerre en Afghanistan, avec ses combattants isolés et embusqués plutôt qu’une armée traditionnelle, a mis en lumière l’utilité des drones, capables de mener des missions de reconnaissance cruciales mais dangereuses en toute discrétion et à un coût moindre.

"C’est vrai que les drones ont été extrêmement actifs en Afghanistan, mais cela ne veut pas dire pour autant que toutes ces conditions seraient valable sur un autre théâtre", souligne Mark Daly, de l’institut IHS Jane’s, soulignant que la location de drones pour des besoins spécifiques pourrait devenir une tendance dominante.

Edité par Dominique Rodriguez


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