vendredi 20 octobre 2017

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Dans les coulisses de WikiLeaks

Judith Lachapelle, La Presse

mercredi 16 février 2011, sélectionné par Spyworld

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Secrets de militaires, de banquiers ou de diplomates, rien n’est à son épreuve. En deux ans de révélations tapageuses, WikiLeaks a fait trembler les gouvernements et a mis une armée d’avocats à ses trousses. Posée, sûre d’elle, l’organisation nébuleuse donne l’impression d’être redoutablement bien organisée. Mais à ses débuts, WikiLeaks tenait essentiellement à très peu de choses : deux ordinateurs pourris, un serveur instable, et des tas de noms d’emprunt pour seulement deux hommes qui partageaient un minuscule appartement de la banlieue de Berlin. L’un d’eux, Daniel Domscheit-Berg, vient de publier un livre où il raconte cette histoire et règle ses comptes avec Julian Assange. Nous lui avons parlé.

« Si le camp adverse avait su à l’époque que nous n’étions que deux, des jeunes hommes très grande gueule avec une seule machine préhistorique - peut-être alors auraient ils eu une chance de freiner, voire stopper l’ascension de WikiLeaks « , écrit Daniel Domscheit-Berg. « Même aux meilleures heures de WL, les missions les plus importantes n’étaient pas confiées à plus d’une poignée de personnes. »

« Je me disais qu’un jour, nous raconterions cette histoire et ça serait très drôle », raconte à l’autre bout du fil Daniel Domscheit-Berg, joint mardi par La Presse à Berlin. Mais l’homme ne rit pas en évoquant ce souvenir. De son arrivée en 2007 jusqu’à son départ en septembre 2010, Daniel Domscheit-Berg dit avoir bûché pour que l’organisation se dote d’une structure respectable, raconte-t-il dans son livre Inside WikiLeaks : dans les coulisses du site internet le plus dangereux du monde (Grasset). « Pendant un moment, c’était correct de créer une illusion de structure, pourvu qu’on aspire à quelque chose de mieux, parce que ce site détient une énorme responsabilité », dit-il.

Mais quelque part au cours de l’année dernière, a senti Domscheit-Berg, WikiLeaks est devenue l’affaire d’un seul homme : Julian Assange.

Le divorce

Impossible de parler de WikiLeaks sans traiter du cas de Julian Assange. Autant Daniel Domscheit-Berg et l’énigmatique Julian Assange ont été proches, autant leur divorce semble douloureux, surtout pour l’auteur et ancien porte-parole qui donne l’impression de parler d’un amour trahi. Après sa démission en septembre, Julian Assange a dénigré son ancien collaborateur, sous-entendant même qu’il était payé par le FBI américain.

L’homme écrit avoir passé avec Assange les meilleurs moments de sa vie. « Ce qui nous a soudés, Julian et moi, c’est la foi en un monde meilleur », écrit-il. « On avait été meilleurs amis, Julian et moi, ou bien quelque chose d’approchant, car je ne suis même pas certain que cette catégorie existe dans son mode de pensée. En fait, je ne suis plus sûr de rien en ce qui le concerne. »

Domscheit-Berg lance les qualificatifs : libre penseur, énergique, génial, parano, avide de pouvoir, mégalo.

Dans les premiers temps de WikiLeaks, Julian Assange transportait tous ses biens dans un sac à dos qu’il déposait là où l’on voulait bien l’héberger. Il portait plusieurs couches de vêtements, mangeait mal, affichait de mauvaises manières. Daniel Domscheit-Berg décrit aussi un être mythomane, égocentrique, incapable de reconnaître la moindre erreur.

Autocrate, mais extrêmement brillant. Pour voir le jour, croit Daniel Domscheit-Berg, WikiLeaks avait besoin d’un génie créatif comme celui d’Assange. « Il comprend le système, les mécanismes de la société », reconnaît-il. « Mais il n’aurait pu le faire seul. »

L’ennemi de WikiLeaks

Et les femmes ? Sujet délicat en raison des accusations de viol déposées contre Assange qui pourraient mener à son extradition en Suède à la fin du mois pour qu’il soit jugé.

Ses préférences en la matière, s’il faut en croire Domscheit-Berg, reflètent sa personnalité égocentrique et singulière : une femme âgée de 22 ans, qui ne le contredit pas, qui est « consciente de son rôle de femme « , tout en étant intelligente. Il s’est aussi vanté « d’avoir été père un peu partout sur la planète ».

Par contre, précise Domscheit-Berg, « il ne m’avait jamais parlé d’une femme avec obscénité « . En parlant des accusations de viol, il indique que « seules les deux femmes et Julian savent ce qui s’est réellement passé entre eux », écrit-il. L’affaire a néanmoins été une autre cause de dispute majeure entre les deux dirigeants. Julian Assange a suspendu son porte-parole fin août. Daniel Domscheit-Berg est parti trois semaines plus tard.

Aujourd’hui, cinq mois après avoir quitté WikiLeaks, Daniel Domscheit-Berg se dit certain que la plus grande menace contre WikiLeaks n’est pas la justice suédoise ou le Congrès américain : c’est Julian Assange lui-même. « WikiLeaks est devenu avant tout une activité de financement soumise à des pressions politiques », dit-il. « C’est la conséquence de l’attitude de Julian selon laquelle il est le seul à savoir faire les choses correctement. »

Inside WikiLeaks : dans les coulisses du site internet le plus dangereux du monde Éditions Grasset


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