mardi 24 octobre 2017

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Al-Qaida à Gaza voulait frapper la France

Philippe Cohen-Grillet, le Figaro

lundi 21 février 2011, sélectionné par Spyworld

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Le groupe terroriste est suspecté d’être l’auteur de l’attentat du Caire qui avait coûté la vie à une lycéenne française, le 22 février 2009.

Deux ans après l’attentat du Caire visant des Français, c’est désormais à une enquête tentaculaire que s’attelle le juge antiterroriste Yves Jannier. Une enquête où il apparaît que la branche d’al-Qaida à Gaza a délibérément ciblé les ressortissants français et projeté de frapper au cœur même de Paris. C’est, en tout cas, ce qui ressort des PV d’audition d’une Française, soupçonnée d’être impliquée dans le réseau terroriste. Celle-ci, Dodi Hoxha, est sous les verrous depuis le 19 novembre dernier, mise en examen pour « avoir participé à une entente établie ou à un groupement formé en vue de la préparation d’actes de terrorisme », ainsi que pour avoir « participé, financé une entreprise terroriste ».

Le 22 février 2009, une explosion déchire la nuit cairote près du bazar Khan el-Khalili. Visé : un groupe de lycéens français de Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), qui achevait un voyage d’agrément. Cécile Vannier, 17 ans, est tuée sur le coup et 24 autres personnes blessées. Trois jours après l’attentat, des informations font état d’une note rédigée au Caire par la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE). Selon ce document, les jeunes Français auraient été pistés par un groupe terroriste qui aurait voulu « faire payer à la France la participation de la frégate Germinal au blocus de Gaza ». Malgré les demandes répétées de l’avocat des victimes, le juge Jannier n’a pas réclamé communication de cette note, mettant en doute jusqu’à son existence. Il semble pourtant établi que le bâtiment de la Marine nationale a effectivement participé à la surveillance des côtes de Gaza durant dix jours à partir du 24 janvier 2009. En outre, les témoignages des adolescents concordent et affirment qu’ils ont été suivis en différents lieux par plusieurs inconnus au cours de leur séjour.

En mai 2009, la Sécurité d’État égyptienne procède à l’arrestation de sept suspects. Parmi eux, la Française d’origine albanaise retient l’attention de la Direction centrale du renseignement intérieur, la DCRI. Née en banlieue parisienne, mariée deux fois et mère d’un garçon de dix ans, elle était connue des services de police avant l’attentat. Bien que jamais condamnée ni inquiétée, l’antiterrorisme l’avait fichée en raison de ses déplacements à Londres et de ses contacts avec Omar Bakri, connu pour ses prêches prônant le djihad armé. Selon les autorités égyptiennes, tous les suspects, y compris la Française, sont « affiliés à al-Qaida ». Coup de théâtre, après un déplacement au Caire, le juge Jannier annonce aux parties civiles, début 2010, que les sept individus restent soupçonnés d’appartenir à une cellule terroriste mais « n’auraient pas perpétré l’attentat du Caire », dixit les autorités égyptiennes. Suite (presque) logique, tous sont libérés et la Française est expulsée du Caire le 10 mars 2010.

« Lavage de cerveau »

Dès son arrivée en France, les agents de la DCRI la placent sous surveillance puis l’interpellent le 15 novembre 2010 à son domicile de Chennevières-sur-Marne (Val-de-Marne). Dodi Hoxha est interrogée à quinze reprises au cours de 96 heures de garde à vue. Conclusion adressée par une commissaire de la DCRI au juge Jannier : « Ses relations amicales et financières avec l’un des commanditaires supposés de cet acte de terrorisme, Khaled Moustafa, incitent à poursuivre les investigations la concernant. » De fait, Dodi Hoxha est maintenue en détention.

La Française, qui nie toute implication dans l’attentat, s’est montrée prolixe devant les enquêteurs puis devant le juge Jannier qui l’a auditionnée le 26 janvier dernier. Elle indique que c’est dans la mouvance d’Omar Bakri qu’elle aurait « subi un lavage de cerveau ». Dodi Hoxha reconnaît qu’elle était en contact avec les chefs de l’organisation « Jaish al-Islam », l’Armée de l’Islam, tenue pour constituer la branche d’al-Qaida à Gaza. La DCRI relève que « l’enquête égyptienne a mis en exergue le rôle joué par deux Égyptiens, membres de l’Armée de l’Islam, actuellement réfugiés en Palestine sur la bande de Gaza, Khaled Moustafa et Amad Mohammed Cetiq Chafia. Le premier est connu pour avoir été en relation sur la bande de Gaza avec Farouk Ben Abbes entre février 2008 et avril 2009 ». Or, d’après les écoutes téléphoniques, Dodi Hoxha impute son arrestation en Égypte à Farouk Ben Abbes. La DCRI note également « qu’elle connaît très bien Khaled Moustafa, considéré par les Egyptiens comme le chef d’al-Qaida en Palestine ». La Française reconnaît qu’elle était en relation avec Khaled Moustafa avant son arrivée en Égypte en 2005, qui l’aurait encore « aidée à trouver un appartement au Caire ». Mais, surtout, le commanditaire supposé de l’attentat lui a fait parvenir de l’argent depuis Gaza à plusieurs reprises. Une somme de dix mille dollars aurait été destinée à l’épouse de Moustafa, Fatima F., qui, toujours selon les dépositions de la Française, se disait « en accord avec les attentats suicides ».

Plus grave encore, dès sa quatrième audition devant la DCRI, Dodi Hoxha charge Farouk Ben Abbes, interpellé en même temps qu’elle au Caire. Il aurait avoué à la Sécurité d’État qu’il « avait un projet d’attentat en France contre le Bataclan » (la salle de spectacle parisienne). Fatima F., incarcérée au Caire avec Dodi Hoxha aurait, elle, justifié cette action terroriste au motif que « les propriétaires [du Bataclan] sont des juifs ». La Française aurait alors cessé tout transport de fonds pour ne pas être « manipulée ». La mention de la célèbre salle de spectacle du XIe arrondissement de Paris n’est pas anodine. Car, en janvier 2007, Le Bataclan a été la cible de menaces de mouvements islamistes pour avoir accueilli un concert en soutien « aux gardes frontières israéliens ». Lors de leur arrestation en Égypte, plusieurs comparses de Dodi Hoxha ont reconnu que l’Armée de l’Islam projetait des attentats contre « une synagogue en France, l’ambassade de France et le Centre culturel français au Caire ». Des aveux à prendre, certes, avec beaucoup de précaution tant en ce qui concerne les auteurs des déclarations que les conditions des interrogatoires. Cependant, la France et ses compatriotes semblent effectivement dans le viseur des terroristes de la « Jaish al-Islam ». Une autre « filiale » d’al-Qaida, jusque-là méconnue, mais qui a déjà fait couler le sang.


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