dimanche 22 octobre 2017

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Washington reprend la guerre des drones au Pakistan

Marie-France Calle, le Figaro

mardi 22 février 2011, sélectionné par Spyworld

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Les États-Unis commencent à s’interroger sur l’efficacité de ces frappes sur les Zones tribales.

Après un mois d’inactivité, les drones américains ont repris leurs rondes létales sur les Zones tribales pakistanaises. Dans la nuit de dimanche à lundi, quatre missiles tirés d’un avion sans pilote se sont abattus sur ce qu’un responsable militaire a qualifié de « centre d’entraînement pour militants », à l’ouest de Wana, la ville la plus importante du Sud-Waziristan. Sept personnes au moins auraient été tuées, dont des « étrangers : trois Turkmènes et deux Arabes ».

Les drones avaient été privés de sortie au lendemain de l’arrestation, le 27 janvier, de Raymond Davis, un Américain employé au consulat des États-Unis à Lahore. Inculpé de « meurtre commis de sang-froid » après avoir abattu deux jeunes Pakistanais en plein jour au cœur de la capitale du Pendjab, Raymond Davis est toujours en prison. Il plaide l’« autodéfense », assurant que les deux victimes auraient tenté de lui dérober de l’argent. Invoquant l’immunité diplomatique dont il serait censé jouir, les Américains réclament sa libération immédiate.

« Un espion de la CIA »

Embarrassé par une affaire qui risque de le rendre encore plus impopulaire auprès de son opinion publique, menacé de rétorsions par Washington, le gouvernement d’Islamabad se réfugie, une nouvelle fois, dans l’immobilisme. Le ministère des Affaires étrangères a demandé du temps pour établir si, oui ou non, Davis était bien diplomate.

Pour l’ISI, les services secrets pakistanais, il ne fait aucun doute depuis le début que Davis est un « espion de la CIA », ce que confirmaient des sources américaines. « Lorsqu’il a été arrêté, il était équipé d’un impressionnant matériel d’espionnage, et pour un diplomate, il était extrêmement bien armé », confiait au Figaro un responsable de l’ISI, début février à Islamabad. « Ce n’est pas un agent régulier de la CIA, mais il travaille pour elle, c’est confirmé, a précisé lundi l’ISI à l’AFP. Il travaillait en quelque sorte dans notre dos. » En clair, Davis ne figurait pas sur la liste officielle de l’agence de renseignements et cela n’est certainement pas fait pour arranger son cas.

Depuis trois semaines, les spéculations allaient bon train sur les raisons du gel des frappes de drones américains au Pakistan. Aujourd’hui, les interrogations portent sur le motif de la levée de ce moratoire. Certains observateurs ont avancé que Raymond Davis était un acteur important dans l’opération des « Predator » ; d’autres croyaient savoir que suite à l’« affaire », l’ISI ne collaborait plus avec la CIA, rendant les frappes plus imprécises. D’autres encore affirmaient que les États-Unis essayaient ainsi de faire baisser d’un cran l’antiaméricanisme au Pakistan. Alimenté, entre autres, par les drones, le double meurtre de Lahore n’a pas manqué de l’exacerber. Ne voyant aucune solution rapide se profiler, Washington aurait repris ses tirs.

Lundi, le Washington Post a jeté un pavé dans la mare en indiquant que « l’an dernier, les drones de la CIA au Pakistan avaient tué 581 militants »… mais que sur ce nombre, « deux seulement étaient suffisamment importants pour figurer sur la liste américaine des terroristes les plus recherchés ». Contre-productifs, les tirs de drones ? Sur ce point, Washington et Islamabad pourraient être, au final, sur la même longueur d’onde.


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