mercredi 18 octobre 2017

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Ancien directeur de la DGSE, Claude Silberzahn tire à boulets rouges sur le gouvernement français

Jean Guisnel, Le Point.fr

mardi 22 février 2011, sélectionné par Spyworld

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Huit otages éparpillés entre le Moyen-Orient et l’Afrique, quatre morts en trois tentatives d’évasion, l’échec des services est patent.

Ceux qui s’y intéressent savent que le monde du renseignement est, à tout le moins publiquement, celui du discours policé, de la cohésion de façade et des non-dits. Or ne voilà-t-il pas que l’ancien directeur de la DGSE (1989-1993), ancien préfet et conseiller-maître honoraire à la Cour des comptes, se livre dans Libération de ce matin à une attaque au lance-flammes contre l’organisation actuelle des services de renseignements, et surtout contre leur action dans les zones du monde actuellement en ébullition.

Sous le titre cruel Les fiascos du renseignement français , l’ancien "DG" tire le "bilan exécrable" de la réorganisation de 2007 (création de la DCRI et du Conseil national du renseignement). Et d’évoquer "une conduite de la France en aveugle en Tunisie et en Égypte, huit otages éparpillés quelque part entre le Moyen-Orient et l’Afrique, quatre otages morts en trois tentatives de récupération en Somalie, en Mauritanie et au Niger". Nommé à la DGSE par François Mitterrand alors que Michel Rocard était Premier ministre, maintenu dans son poste par Édith Cresson puis par Pierre Bérégovoy, il avait été remercié par Édouard Balladur.

Échec sur toute la ligne

Pour illustrer le rôle de la DGSE dans la genèse des positions diplomatiques de la France, il évoque une note émise par le service quand il était à sa tête, concernant l’Algérie, alors que les généraux avaient pris le pouvoir en évinçant le Front islamique du salut : "Notre pays doit envisager avec lucidité l’arrivée du FIS aux commandes du pays [...] et montrer sa volonté de collaborer étroitement avec l’Algérie quel que soit le choix démocratique de son peuple." L’avis de la DGSE n’avait pas eu d’effet, mais "au moins" les services secrets avaient-ils alors, souligne Silberzahn, "une claire vision des choses permise par une prévision exacte des événements à venir".

Ensuite, évoquant une "cécité de l’exécutif", il fustige l’absence d’analyse de la situation en Tunisie, la "déshérence" dans laquelle serait tombé le Sahel, voire l’emploi du COS (Commandement des opérations spéciales) pour tenter de sauver des otages "tant en Somalie qu’en Mauritanie et au Niger". Là, le préfet Silberzahn n’est pas parfaitement informé : en Mauritanie, le 24 juillet 2010, le service action de la DGSE a été la seule force française mise en action (après un mois entier d’entraînement avec l’armée mauritanienne) pour tenter de récupérer l’otage Michel Germaneau. Cet échec est qualifié de "majeur" dans la communauté française du renseignement.

Quant à l’opération ratée de récupération des otages du Niger, elle a été conduite par le COS avec la participation très active de la direction des opérations de la DGSE. Dans sa conclusion, la plume de Claude Silberzahn est assassine : "Jamais, dans les dernières décennies, un bilan aussi négatif n’a pu être dressé pour ce qui a trait au domaine d’action des services spéciaux et de renseignement."


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