dimanche 10 décembre 2017

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Ange Mancini, un ex-grand flic nommé coordonnateur du renseignement

Charles Sicurani, AFP

mardi 29 mars 2011, sélectionné par Spyworld

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Ange Mancini, qui prend lundi ses fonctions de coordonnateur du renseignement à l’Elysée, a gravi tous les échelons, de ses débuts comme contractuel à la Préfecture de Police de Paris à une carrière "de grand flic" qui l’a conduit à la préfectorale.

"Nous allons te proposer au président". A 18H00, le 17 février, Ange Mancini, 66 ans, apprend de Claude Guéant, encore secrétaire général de l’Elysée, que ses jours de préfet de Martinique sont comptés.

Une semaine plus tard, c’est officiel : ce fils de maçon d’origine italienne, né dans les Alpes-Maritimes neuf jours après le Débarquement de Normandie, succède à Bernard Bajolet, nommé ambassadeur en Afghanistan. Il sera chargé de veiller à ce que les 12.000 policiers et militaires du renseignement travaillent de concert.

"C’est bien qu’un préfet succède à un diplomate", note un haut fonctionnaire du renseignement qui évoque un "retour vers la sécurité intérieure" dans la lutte antiterroriste "au moment où la menace se relève".

Un très long chemin pour cet homme, qui a débuté à 19 ans comme administratif contractuel à la préfecture de police de Paris, avant de réussir une carrière étincelante, sous la gauche comme sous la droite.

Officier de police adjoint, ce sportif sec et râblé réussit les concours d’inspecteur, puis de commissaire en 1973, et gagne le respect de ses pairs. "Toujours présent, il n’hésite pas à prendre des risques grâce à son physique exceptionnel", se souvient un de ses amis.

Après avoir créé à la fin des années 1970 la section antiterroriste au sein de la prestigieuse "Crim" parisienne, il devient directeur du SRPJ d’Ajaccio en 1983, y est confronté au nationalisme armé corse, avant de prendre la tête de l’unité d’élite de la police, le Raid, deux ans plus tard.

Il y gagne une image de "négociateur hors pair", d’"homme de crise", qualités qui lui serviront lors des graves troubles sociaux en Martinique en 2009. Au Raid, il signe un coup d’éclat avec l’arrestation des membres d’Action Directe dans une ferme du Loiret en février 1987. "Le plus dur, ce n’est pas de gérer l’exceptionnel, mais le quotidien", dira-t-il.

"Sous des dehors de faux dilettante, il voit, entend et comprend tout, est difficile à perturber, ne s’affole, ni ne s’énerve", selon un autre ex-grand flic passé dans le privé.

Mais ce sans faute connaît un brusque arrêt en 1995. Un collectif "Cicéron" met en cause dans Le Monde la gestion des enquêtes sur la série d’attentats islamistes par le ministre de l’Intérieur, Jean-Louis Debré, lequel soupçonne des policiers d’en être les auteurs. "Il en vire trois, dont Ange", alors directeur-adjoint de la police judiciaire, se rappelle l’un d’eux.

S’il a accumulé les amitiés dans sa carrière, Ange Mancini s’est aussi fait un ennemi redoutable : Roger Marion, tout puissant "patron" de l’antiterrorisme, proche du ministre. Placardisé, "Ange" est récupéré par Claude Guéant, alors directeur général de la Police nationale, qui le charge de la Ville à son cabinet.

"Tu dois t’ennuyer", lui glisse alors un ami commissaire. "Non, rétorque-t-il, j’apprends, et je joue au golf", un de ses hobbies, avec le vélo tout terrain et la chasse. Selon un ancien directeur central de la Police judiciaire, Ange Mancini est de ceux qui survivraient "en plein désert, avec juste une poignée de dattes".

De retour aux affaires, la gauche le nomme délégué pour la Sécurité en Corse en 1999, avant de le titulariser préfet en 2001, poste qu’il a occupé en Guyane (2002), dans les Landes (2006) et en Martinique (2007).


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