jeudi 14 décembre 2017

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Le Livre blanc de la défense chinoise promeut "la confiance mutuelle" sans lever les ambiguïtés

Brice Pedroletti, le Monde

lundi 4 avril 2011, sélectionné par Spyworld

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Publié tous les deux ans depuis 1998, le Livre blanc de la défense chinoise est une occasion privilégiée de mesurer le degré d’ouverture de l’armée de la République populaire de Chine, dont les budgets en hausse (+12,5 % pour 2011) et les nouvelles ambitions, notamment navales, au service d’intérêts stratégiques toujours plus vastes, suscitent malaise et inquiétude en Occident comme en Asie.

L’édition 2011, dévoilée jeudi 31 mars, note une intensification de la "compétition stratégique internationale", des "défis globaux de plus en plus importants", et des "menaces de sécurité plus complexes et volatiles", notamment dans la région d’Asie-Pacifique où, notent les rédacteurs, des "foyers régionaux de dissension persistent sans solution en vue", et des "flambées de tension sont intermittentes sur la péninsule coréenne", ou encore au sujet de possessions maritimes disputées.

Dans ce contexte, le rapport s’évertue à mettre en avant les "nouveaux concepts de sécurité défendus" par la Chine, de "confiance mutuelle". Il insiste sur l’attachement de la Chine à "la résolution des problèmes régionaux et internationaux par des moyens pacifiques". Des sections plus détaillées qu’auparavant sont consacrées aux mesures de "renforcement de la confiance" dans les affaires militaires internationales, par des exercices conjoints, des mécanismes de coopération, et des missions internationales. Enfin, le Livre blanc propose pour la première fois l’établissement, au moment approprié, de contacts et d’échanges sur les questions militaires des deux côtés du détroit de Formose.

Ces efforts, notent les experts, visent essentiellement à apaiser le discours, récurrent à l’étranger, et dénoncé par la Chine, sur la "menace chinoise". Les événements de l’année 2010 n’ont pourtant pas éclairé de manière très avantageuse les intentions de Pékin : la Chine a redoublé d’agressivité autour de chaînes d’îles contrôlées par d’autres pays, comme le Japon et les Philippines, mais qu’elle revendique. Et Pékin est toujours réticent à nouer un dialogue stratégique de haut niveau avec le Pentagone, malgré la venue de son secrétaire à la défense, Robert Gates, en janvier.

"APPARAÎTRE PLUS FORT"

Si de longs chapitres sont consacrés à la modernisation de l’armée populaire et au concept d’"informationization" – que Pékin entend par la guerre de l’information et de la communication –, aucun détail n’est donné sur le développement en cours de nouveaux missiles anti-porte-avions, de l’avion furtif J20. Ou des porte-avions chinois en construction – le premier d’entre eux pourrait prendre la mer dès cette année. Officiellement, la politique de défense chinoise est "défensive par nature", et la Chine ne "cherchera jamais l’hégémonie, ni n’adoptera une approche d’expansion militaire, maintenant ou dans l’avenir, et quelle que soit la manière dont son économie se développe", dit le Livre blanc.

Pourtant, selon un expert militaire occidental, le manque de discours cohérent, sur une doctrine de défense chinoise, qui puisse expliquer les efforts faits et la réponse stratégique apportée, donne du grain à moudre à tous ceux qui parlent de menace chinoise. Pour le Senior Colonel Liu Mingfu, professeur à l’Université chinoise de défense nationale et auteur d’un livre à succès sur le rêve chinois de grande puissance, la raison en est tout simplement la suivante : "La transparence des Etats-Unis en matière militaire, c’est en soi un moyen dissuasif : ils montrent combien ils sont forts. La Chine n’est pas si puissante, et la non-transparence, comme stratégie, c’est l’art d’apparaître plus fort", avance-t-il.


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