mercredi 22 novembre 2017

Accueil du site > Terrorisme > France > L’antiterrorisme français redouble de vigilance

L’antiterrorisme français redouble de vigilance

Jean-Marc Leclerc, le Figaro

lundi 2 mai 2011, sélectionné par Spyworld

logo

Les services s’attendent à des représailles. La traque des complices s’intensifie.

Les experts français sont formels : la mort de Ben Laden sera vengée par les siens. « Sa neutralisation est sans incidence sur la capacité de nuisance des cellules qui se réclament de lui », assure Jean-Louis Bruguière. Selon cet ancien juge antiterroriste, « ses groupes relais vont se sentir obligés de réagir. » À l’entendre cependant, al-Qaida ne serait plus en mesure de « planifier des actions d’envergure. Alors que la Place Beauvau envisage « d’adapter » le plan Vigipirate, le ministre de l’Intérieur, Claude Guéant, a déclaré lundi que « le risque terroriste reste ­élevé ».

Le magistrat qui a hérité des dossiers du juge Bruguière, Marc Trévidic, partage cette analyse. « La menace demeure, renchérit-il, tant les mouvements qui avaient fait allégeance à Ben Laden sont nombreux. » Le juge Trévidic prédit ­toutefois « un probable éclatement d’al-Qaida, passé le temps de la vengeance », car « il n’est pas sûr, dit-il, qu’un autre que Ben Laden puisse réunir un tel consensus autour de lui. » « Le mythe de son invincibilité, en tout cas, vient de s’effondrer, déclare Marc Trévidic. Et l’on peut douter que l’Égyptien al-Zawahiri, son numéro deux, puisse assurer comme son ancien maître la cohésion du djihad international. »

Pour l’heure, les services de renseignement français sont à l’affût de la moindre information recueillie par les Américains après leur opération spectaculaire à Islamabad. Les agents de la DGSE sur place en Afghanistan savent que leurs homologues des forces spéciales des États-Unis vont tenter de faire parler les complices de Ben Laden non décédés lors de l’assaut. « Les femmes -deux au moins auraient été arrêtées dans le repère du terroriste- vont surement être interrogées longuement les autorités pakistanaises, de même que d’autres témoins », assure une source à Paris.

Recherches d’ADN

Les services aimeraient mettre la main sur des vidéos, des objets, des documents qui puissent renseigner sur la cavale de Ben Laden et sur ses contacts. De même des recherches de traces d’ADN et d’empreintes digitales sont en cours dans le complexe immobilier où il se cachait pour déterminer qui a pu l’y rejoindre. Peut-être ces relevés permettront-ils d’enrichir la bibliothèque d’empreintes de l’antiterrorisme pour prévenir d’éventuelles actions de moudjahidins jusqu’alors inconnus des services. Un travail classique de police criminelle en somme, comme la France le pratique depuis toujours dans ses propres dossiers.

Une vingtaine de procédures concernant al-Qaida continuent d’être instruites à Paris, dont un quart visent les ­cellules basées sur la frontière pakistano-afghane. La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) travaille actuellement en étroite collaboration avec les Allemands sur l’un des derniers volets de cette saga des « filières afghanes » : l’arrestation de trois suspects vendredi, à Düsseldorf notamment. Ils préparaient depuis quatre mois un attentat dans « une zone fréquentée », mais n’avaient pas encore choisi leur ­cible.

D’Islamabad à Paris, la traque aux réseaux s’intensifie. « D’autres arrestations vont suivre », prédit un fin connaisseur des dossiers. Car les pays européens n’attendront pas sans réagir l’éventuelle « réplique » des émules de Ben Laden…

Les quatre niveaux du plan Vigipirate

Créé en 1981 et réactualisé en 2006, Vigipirate comprend quatre niveaux et est réévalué fréquemment. Ce sont l’Elysée et Matignon qui peuvent décider de changer d’échelon.

Le niveau jaune, face à des risques réels mais encore imprécis, se traduit par des mesures locales, qui perturbent le moins possible l’activité normale. Par exemple, des patrouilles ont lieu dans les gares et les métros. Un renforcement gradué de la sécurité aérienne s’opère et les fournisseurs d’eau potable sont sensibilisés aux risques.

Le niveau orange veut prévenir le risque d’une action terroriste considérée comme plausible. Au niveau des transports terrestres, les patrouilles sont renforcées, notamment sur les accès des voies TGV. Les fournisseurs d’eau doivent renforcer la surveillance de leurs installations.

Le niveau rouge est déclenché en cas de risque avéré d’un ou de plusieurs attentats graves. Il prévoit notamment la constitution de stocks d’eau et peut entraîner des restrictions de circulation dans certaines zones de l’espace aérien.

Le niveau écarlate prévient le risque d’attentats majeurs, simultanés ou non. Le trafic aérien civil peut être stoppé, l’eau du robinet coupée, certains tunnels interdits.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :