mercredi 22 novembre 2017

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La nébuleuse al-Qaida à la merci de ses chefs locaux

Georges Malbrunot, le Figaro

mardi 3 mai 2011, sélectionné par Spyworld

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Les branches régionales du réseau terroriste pourraient bénéficier d’une plus grande marge de manœuvre. Des tensions risquent aussi de naître autour de la succession de Ben Laden.

Al-Qaida a perdu son chef emblématique. À travers le monde, les djihadistes, qui avaient fini par le croire invincible, sont « catastrophés ». Mais, de l’avis général, la disparition d’Oussama Ben Laden n’aura qu’un impact limité sur la nébuleuse terroriste, si ce n’est un renforcement de son autonomisation.

« Symboliquement, sa mort est une perte énorme pour la mouvance djihadiste », nous affirme depuis le Yémen Nasser al-Bahri, son ancien garde du corps. « Mais ce n’est pas pour autant la fin d’al-Qaida, ajoute-t-il. Ben Laden savait qu’il pouvait mourir à tout instant. C’est pourquoi il nous demandait souvent d’être autonomes là où nous serions positionnés, après l’Afghanistan. »

Même si les attentats du 11 Septembre ont surpris Ben Laden par leur ampleur, la fragmentation de son organisation, qui a suivi, avait été voulue par celui qui était alors en fuite dans les montagnes afghanes. Quelques jours après les premiers bombardements américains sur l’Afghanistan, à l’automne 2001, Ben Laden ordonna la dispersion de ses troupes. Les petites mains rentrèrent chez eux en Europe ou au Maghreb. Certains cadres, comme Mohammed Attef, le chef militaire d’al-Qaida, furent abattus. D’autres, comme Saïf al-Adel, en charge de la sécurité, trouvèrent refuge auprès des gardiens de la révolution en Iran. D’autres encore, comme son secrétaire Nasser al-Wahishi, revinrent chez eux au Yémen, pour y fonder, quelques années plus tard, al-Qaida dans la Péninsule arabique (Aqpa), résultat de la fusion entre les branches saoudienne et yéménite.

Désormais, ce sont les succursales en Irak, au Yémen, en Somalie et au Maghreb qui vont faire parler d’elles, al-Qaida central n’étant plus en mesure de perpétrer une opération sur le sol occidental depuis les attentats de Londres en juillet 2005.

Al-Qaida se transforme peu à peu en une idéologie fondée sur un principe très simple : « Celui qui veut lutter contre les Américains doit rejoindre les branches d’al-Qaida sur le terrain », explique un autre ancien djihadiste repenti.

Pourchassé par les forces spéciales américaines, Ben Laden n’a plus que le pouvoir des mots. Il concentre désormais ses efforts sur ses messages vidéo, qui deviendront ensuite de simples enregistrements audio. Sa capacité de transmettre des ordres à l’étranger devient quasi nulle. « Dans ces conditions, sa disparition ne changera pas grand-chose à l’idéologie qui sous-tend aujourd’hui al-Qaida », constate al-Bahri. D’autant moins que la plupart des dirigeants des branches locales ont personnellement prêté serment à Ben Laden. Dans l’immédiat se pose, toutefois, l’épineux problème de la succession à la tête d’al-Qaida. Son numéro 2, l’Égyptien Ayman al-Zawahiri, est le favori pour remplacer son compagnon de djihad. Mais al-Zawahiri n’est pas Ben Laden. Ce dernier, sans être charismatique, en imposait par son passé entièrement dévoué à la guerre sainte, et son sens de l’écoute était apprécié des djihadistes, qui affluaient dans les camps afghans jusqu’en 2001. « Zawahiri ne possède pas les qualités requises pour diriger al-Qaida », affirme al-Bahri, qui l’a très bien connu. « De nombreux membres d’al-Qaida, notamment ceux originaires de la Péninsule arabique, n’accepteront pas sa tutelle », ajoute-t-il, se rappelant les fréquentes disputes entre les Saoudiens et les Égyptiens autour d’al-Zawahiri qui voulaient « contrôler » le chef d’al-Qaida.

Ces incertitudes sur l’après-Ben Laden suggèrent un risque d’éclatement de la mouvance, voire de renforcement de l’autonomisation des succursales d’al-Qaida, comme c’est déjà le cas en Irak, où l’entité locale est composée essentiellement de nationaux. « Est-ce plus dangereux ? Chacun faisant ce qu’il veut dans son coin, il faut attendre pour le savoir », estime le juge antiterroriste Marc Trévidic. Mais déjà certains experts s’attendent à ce que, sans Ben Laden, al-Qaida renforce son action contre Israël.

La principale menace vient de la filiale yéménite

Pour les États-Unis et l’Occident plus généralement, à moyen terme, la principale menace vient de la filiale yéménite et des « home grown terrorists », ces terroristes maison qui s’inspirent de la mouvance globale. Ces derniers mois, des mouvements ont été repérés entre les zones afghano-pakistanaises et le Yémen, où les membres d’Aqpa sont à la recherche d’« experts » leur permettant d’améliorer la qualité de leurs actions, qui ont avorté jusque-là. À Sanaa, la fin prévisible du régime d’Ali Abdallah Saleh, allié des États-Unis contre al-Qaida, peut également offrir une respiration à Apqa.


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