mardi 21 novembre 2017

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L’étrange « espionne » qui aurait sévi sur les réseaux sociaux

Eric le Bourlout, 01net

mardi 3 mai 2011, sélectionné par Spyworld

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Mais qui se cache derrière le compte Twitter @PremorisEra ? Une jolie spécialiste de l’armement, un imposteur ou un espion à la solde d’un ennemi des Etats-Unis ? Le Pentagone enquête sur cette possible Mata Hari des réseaux sociaux.

Le célèbre dessin d’humour du New Yorker indiquant que « sur Internet, personne ne sait que tu es un chien » n’a jamais autant été d’actualité. Le journaliste Spencer Ackerman de Wired a publié à la fin avril 2011 une longue enquête sur une jeune femme qui se surnommait « la Première Dame des missiles » dans sa bio sur son compte Twitter @PrimorisEra. Elle se présentait comme une spécialiste de la défense nationale et arborait un bikini aguicheur sur la photo lui servant d’avatar. @PrimorisEra n’était pas sa seule identité en ligne. D’après S. Ackerman, elle se présentait aussi sous le nom de Shawna Gorman, alias @shawna1810, « miss Virginie du Nord 2010 », ou de @LadyCesar, qui « tweete de façon prolifique sur les missiles ». Elle aurait même évoqué qu’elle travaillait pour la CIA.

Avec ses différentes identités en ligne, PrimorisEra/Shawna Gorman s’est fait de nombreux amis. Et pas des moindres. S. Ackerman l’avoue : « Le mois dernier, j’ai accepté une demande d’ami Facebook de Shawna Gorman. Pourquoi ? J’ai vu que plusieurs de mes amis de l’univers de la défense nationale et du journalisme étaient déjà en contact avec elle. Même le commandant suprême des forces alliées de l’Otan, James Stavridis, était un ami commun. »

Flirt et conversations bizarres

S. Ackerman détaille ensuite quelques conversations que certaines de ses connaissances ont pu avoir avec la belle mystérieuse, qui jouait clairement de ses charmes pour séduire du beau monde. Il raconte notamment qu’elle a contacté un militaire en service par message privé Twitter et par chat. Celui-ci a indiqué au journaliste que bien que la conversation avec Shawna Gorman était pour l’essentiel sans intérêt, certains détails lui ont paru « glaçants », étant donné qu’elle cherchait à savoir « où j’étais stationné, où je me déployais, me pressant pour connaître des précisions… Beaucoup de choses dont nous ne devrions pas parler. »

Espionne ou pas, PrimorisEra ? Pour une autre utilisatrice de Twitter spécialiste des questions de défense nationale, @FrostinaDC, la question mérite d’être posée. FrostinaDC (compte privé) travaille pour le ministère de la Défense américain et qualifie Shawna Gorman d’« honeypot ». Un terme qui, dans le jargon du renseignement, qualifie un individu qui joue de ses charmes pour obtenir des informations. Sûre d’elle, FrostinaDC publie même des liens vers les photos suggestives qui ont servi d’avatar à « La Première Dame des missiles ». Après enquête, @FrostinaDC a transmis les documents qu’elle a pu réunir autour de PrimorisEra au Pentagone, qui étudie actuellement son cas.

Shawna Gorman dément formellement

FrostinaDC précise que rien ne prouve que PrimorisEra est un(e) espion(ne). Il pourrait très bien s’agir simplement d’un passionné de ces questions un peu trop curieux par exemple. Mais un problème demeure : des informations sensibles ont-elles, au travers de toutes ces conversations intimes, été dévoilées ?

En tout cas, face aux accusations de FrostinaDC, Shawna Gorman s’est défendue de tout transfert d’informations, selon le journaliste de Wired qui a obtenu son témoignage. Mais elle a aussi refusé de le rencontrer en personne. Etrangement, celui-ci n’a pu voir qu’une connaissance à elle, un autre journaliste spécialisé dans les questions de défense. Après avoir démenti être PrimorisEra, John D. Gresham lui a permis de contacter, par téléphone seulement, la prétendue Shawna Gorman. Celle-ci a indiqué à S. Ackerman « avoir ri devant ces accusations ».

Les résultats de l’enquête du Pentagone pourront sans doute en révéler davantage sur cette drôle et passionnante histoire. Qui montre qu’il n’est finalement pas si compliqué de se rapprocher de personnes sensibles sur les réseaux sociaux... Et que l’espionnage peut aussi passer par les voies numériques. En attendant, la plupart des comptes Facebook et Twitter liés à PrimorisEra ont été fermés, protégés ou mis en veille.


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