dimanche 10 décembre 2017

La CIA en Europe

Isabelle Dath, RTL

lundi 30 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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On revient ce lundi matin sur les activités secrètes de la CIA en Europe. Le conseil de l’Europe a rendu son rapport. Il est sans appel : les 25 savaient.

Ils savaient, mais ont fermé les yeux. Alors vous savez qu’il y a deux affaires. Celle des prisons secrètes, des Guantanamo version européenne. Le rapporteur Dick Marty admet qu’il n’a pas de preuve formelle qu’elles n’existent pas encore, mais qu’un faisceau d’indices justifie la poursuite de son travail. En revanche, il peut démontrer qu’une centaine de personnes a été enlevée et transférée vers des pays qui pratiquent la torture, grâce à l’utilisation des aéroports européens. Et histoire d’enfoncer le clou, il détaille l’exemple d’Abou Omar, un réfugié Egyptien enlevé au centre de Milan, en plein jour, dans une opération rocambolesque, par 25 agents de la CIA, alors qu’il était surveillé 24 heures sur 24, par la police italienne. Admettons, c’est notre jour de bonté, qu’ils n’aient pas demandé le consentement des autorités de la péninsule pour cette opération, mais vous ne croyez pas que l’Italie aurait pu protester, après coup, d’autant que cet enlèvement a saboté une enquête en cours depuis des mois, pour le démantèlement d’un réseau islamiste. Eh bien non silence radio.

Quelle suite va être donné à son enquête ?

Le rapport définitif doit être remis en mars. Marty a donné jusqu’au 21 février aux 46 Etats membres du conseil de l’Europe pour lui fournir des informations. Parallèlement, la commission d’enquête du parlement voudrait entendre le vice président Américain Dick Cheney, et le ministre de la Défense Donald Rumsfeld. Mais là je crois qu’elle rêve ! Elle n’a aucun pouvoir légal pour les citer à comparaître. On voit mal les deux personnages en question se prêter à ce genre de choses qui dans leur esprit relève de la farce.

Marty se plaint du peu de coopération des gouvernements européens ?

Il a raison. Ils s’indignent mais ils ne font pas grand chose pour pousser l’investigation. Ils mettent en avant de façon abusive le fameux intérêt supérieur de l’Etat. Or cette commission a peu de moyens logistiques. S’ils ne lui donnent pas un coup de main, elle n’ira pas bien loin. Seulement voilà, qu’ils aient soutenu la guerre en Irak ou pas, aucun pays allié des Etats-Unis ne veut rester en marge dans la lutte contre le terrorisme. Ils se veulent irréprochables. Surtout, bizarrement, depuis la tournée en Europe, en décembre, de la secrétaire d’État Américaine, Condoleeza Rice, qui les a rendu muets. Pas parce qu’elle a pris la peine de démentir, non, mais son insistance à dire que tout ce qui a été entrepris par son pays l’a été dans le respect de la souveraineté nationale de chaque Etat, sonnait comme un avertissement, du genre : "voulez-vous vraiment que je déballe toute l’affaire ? Non, alors poursuivez dans l’hypocrite politique de l’autruche". Une politique qui, qu’on le veuille ou non, est contraire au droit international, et donc indigne de l’Europe.


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