mercredi 13 décembre 2017

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La « pierre des espions » fait rire jaune à Moscou

Irina de Chikoff, le Figaro

lundi 30 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

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Les organisations non gouvernementales craignent qu’un « complot » révélé la semaine dernière ne marque le début d’une campagne contre elles.

Les péripéties de la « pierre des espions anglais » continuent à faire rire tout Moscou. On ne peut plus heurter un caillou dans la rue, voire un morceau de brique, sans qu’un esprit malicieux ne roule des yeux et mime James Bond. L’affaire cependant préoccupe les organisations non gouvernementales (ONG) qui ont décidé d’organiser, mercredi, une manifestation devant le siège du FSB (ex-KGB) sur la place de la Loubianka. Pour protester contre la « campagne de calomnie » dont elles seraient les victimes.

Les services secrets russes ont dénoncé la semaine dernière un « complot britannique », accusant quatre diplomates en poste à Moscou de recruter des informateurs. Ils communiquaient avec eux à travers une « pierre » contenant un appareillage électronique sophistiqué relevant d’une « technologie spatiale ». Un reportage fut montré à la télévision. Rien n’était très convaincant et on s’interrogeait sur ce « scandale » inutile jusqu’au moment où le FSB a révélé le pot aux roses : des subventions destinées à des associations civiles russes passaient par le canal des taupes de Sa Gracieuse Majesté. En clair, le MI 6 « finançait » les défenseurs des droits de l’homme.

On imagine mal Lioudmila Alexeevna, présidente du Groupe Helsinki, dans un rôle de Mata Hari. C’est une vieille dame aux cheveux blancs, très digne et respectée en Russie. Au début, elle a haussé les épaules, mais très vite elle a compris que l’histoire n’était pas seulement rocambolesque. La révélation du « complot » est intervenue au moment même où était promulguée la nouvelle loi sur les ONG. Elle soumet les fondations au contrôle des bureaucrates du ministère de la Justice. Le texte, parce qu’il est flou, laisse toute latitude aux fonctionnaires de suspendre une association sous prétexte qu’elle menace « la souveraineté de la Russie, l’indépendance, l’intégrité territoriale, l’unité et l’originalité nationales, l’héritage culturel ou les intérêts nationaux ».

Inquiétude dans les milieux libéraux

Contestée par les ONG, la loi a également été réprouvée par l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe lors de sa dernière session à Strasbourg. La presse russe n’a pas manqué de replacer dans ce contexte l’affaire de la « pierre des espions ». Le FSB a organisé deux conférences de presse pour expliquer l’ampleur du « complot ». Sur les télévisions, les images des présumés agents britanniques ne cessent de passer. Des experts commentent l’affaire qui reste malgré tout embrouillée. Les diplomates cités nommément n’ont été ni arrêtés ni expulsés. Le président Vladimir Poutine a déclaré que Moscou n’avait pas encore décidé de leur sort. « Si nous les renvoyons, on nous en fera venir d’autres, peut être même des plus intelligents, et nous allons nous éreinter à les identifier », a-t-il dit. Autour de lui, les courtisans se sont esclaffés. Mais dans les milieux libéraux de Moscou, les propos du chef de l’Etat ont été accueillis moins joyeusement. On craint que le « complot » marque en fait le début d’une lutte contre les associations civiles, vues comme autant de « chevaux de Troie » acharnés à développer en Russie le « lent poison » de la démocratie à l’occidentale.


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