mardi 17 octobre 2017

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Démission surprise à la Sûreté

Roland Planchar, Lalibre.be

mardi 31 janvier 2006, sélectionné par Spyworld

L’administrateur général Koen Dassen a remis lundi sa démission à la ministre de la Justice, qui l’a acceptée. La soudaineté de la chose étonne. Scénario caché ?

Surprise, même pour les milieux concernés : l’administrateur général de la Sûreté de l’État a démissionné lundi. On l’a appris en soirée par un communiqué de la ministre (PS) de la Justice, Laurette Onkelinx, qui exerce la tutelle sur le service civil de renseignement belge : « M. Koen Dassen a décidé de quitter son mandat d’administrateur général à la Sûreté de l’État. En effet, à la demande du ministre de l’Intérieur (Patrick Dewael, VLD), M. Dassen a accepté d’assurer la fonction d’expert spécial pour les aspects européens et internationaux de la politique de sécurité et de migration ».

L’intéressé a été reçu lundi - sans que cela ait, apparemment, été prévu de longue date - par la ministre et, à l’issue de cette entrevue et vu les états de service de l’administrateur général, Mme Onkelinx a décidé de lui accorder « une démission honorable de ses fonctions », indique le même communiqué.

Sa nouvelle mission serait de développer une stratégie pour la sécurité européenne, ainsi qu’une architecture de la sécurité interne, par le biais du Comité de Sécurité Intérieure (COSI). M. Dassen devrait également « développer une vision sur la réalisation d’un plan de sécurité européen », dit encore le communiqué, « assurer un suivi de la politique européenne en matière de terrorisme, coordonner la stratégie européenne commune en matière de politique d’asile et de migration » sans compter quelques autres tâches du même acabit.

Drôle d’urgence...

Voilà donc que M. Dassen, ouvertement proche du Premier ministre Guy Verhofstadt (VLD) et qui avait été nommé dans sa haute fonction pour un mandat de 5 ans, le 27 septembre 2002, part avec près de 2 ans d’anticipation.

Comment l’explique-t-il lui-même ? Il se montrait fort peu loquace, lundi soir :

« Je ne ferai vraiment aucun commentaire. Tout est dit dans le communiqué du Premier ministre et de la ministre de la Justice », nous a-t-il répondu en tout et pour tout, sans joie particulière dans la voix.

Mais cela pose un certain nombre de questions.

D’abord, sur la rapidité de la décision, qui stupéfie tant en interne (à la Sûreté, on n’était pas au courant) qu’en externe. Tous les acteurs du renseignement que nous avons contactés hier soir tombaient des nues... Et on sait que, voilà peu encore, M. Dassen évoquait avec conviction auprès de ses agents des projets pour des missions à moyen terme.

Toujours est-il que les choses semblent s’être précipitées lundi même. L’administrateur général, qui devait recevoir une forte délégation de professeurs d’université le matin, s’est fait excuser. Il était, selon nos sources, en discussion avec le Premier ministre et celui de l’Intérieur. En fin de journée, M. Dassen était en revanche cloîtré dans son bureau, la porte résolument fermée - ce qui est rare. Et, dans l’intervalle, il avait donc vu Mme Onkelinx, avec l’effet que l’on sait.

Les questions tiennent aussi à ce que la nouvelle nomination de M. Dassen ne ressemble pas à une promotion. Et si l’on sait que ses relations avec sa ministre et avec l’organe de contrôle qu’est le Comité R n’étaient pas toujours au beau fixe, il n’était pourtant nullement question de chercher à obtenir cette démission - d’autant que M. Dassen, qui avait gagné l’estime d’une bonne part de ses agents, trouvait des soutiens par ailleurs.

Questions, aussi, sur le respect que le politique accorde à un rouage majeur de la démocratie : à la Sûreté, où l’on prétend souvent qu’il faut au moins deux ans pour maîtriser le « métier », on rappelle que le prédécesseur de M. Dassen n’était resté que deux ans et que lui-même s’en va donc après trois. Enfin, cette démission surprise survient après celle, récente, du président du Comité R, Jean-Claude Delepière (LLB du 14/1), ce qui a intrinsèquement de quoi surprendre. Jeu de chaises musicales dans le renseignement ?

Le poids de la Flandre

Certes, M. Dassen remplira ses missions jusqu’à la désignation d’un successeur, mais on dit que l’appel aux candidatures sera déjà évoqué au Conseil des ministres de vendredi. Ce qui pourrait faire revenir un écueil déjà apparu lors de la nomination de M. Dassen : le rôle linguistique de son successeur. En théorie, il doit être francophone, par effet de l’alternance.

Mais lundi soir déjà, le bruit insistant que la Flandre ne veut plus de l’alternance circulait dans le milieu gouvernemental...


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