mercredi 22 novembre 2017

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La bataille des drones

Véronique Guillermard, le Figaro

lundi 20 juin 2011, sélectionné par Spyworld

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Le marché des appareils sans pilote est dominé par les États-Unis et Israël. L’Europe veut gagner son indépendance en développant une nouvelle génération de drones.

Harfang, Sperwer, Talarion, Telemos, Watchkeeper… Ce sont les noms des drones, des avions sans pilote bourrés de capteurs, radars et autres calculateurs. Ils sont venus en force au Salon du Bourget, parfois sous forme de maquettes ou de films de démonstration. L’Américain Northrop Grumman organise des séances de présentation de son Global Hawk, un grand drone d’observation de Haute altitude et longue endurance (Hale) de 39,9 mètres d’envergure et 14,6 tonnes. Dassault Aviation et le Britannique BAE Systems exposent sur un stand commun la maquette de Telemos, leur futur drone d’observation Moyenne altitude longue endurance (Male). Le public peut voir un exemplaire du Drac, un petit drone tactique de 3,3 mètres d’envergure et de 8 kg, catapulté ou lancé à bout de bras par les troupes au sol. Les visiteurs peuvent ainsi découvrir la variété de ces aéronefs pilotés à partir de stations terrestres. Depuis la guerre en Irak de 2003, les drones sont devenus indispensables pour mener des missions d’observation et des opérations ciblées sur les théâtres d’opérations. En réalité, ils ont été utilisés dès la Seconde Guerre mondiale sous la forme de missiles équipés de caméras. Ils sont employés de façon massive pour la première fois en 1982 dans la plaine de la Bekaa par Israël lors de la guerre du Liban. Aujourd’hui, ils servent en Afghanistan et en Libye. Les Américains et les Israéliens dominent ce marché, ayant anticipé leur importance dans les conflits modernes où les armées, « projetées » loin de leur base, sont plongées au sein de guérillas urbaines ou sur des terrains où ennemi et population civile sont fondus.

L’armée de terre française utilise des Sperwer développés par Safran et des Drac produits par Cassidian, la filiale défense d’EADS. Les aviateurs utilisent des Harfang, un drone Male fournit par EADS sur la base du Heron, un appareil israélien. Ces matériels sont en fin de vie. Prévu pour servir entre 2004 et 2011, le Sperwer sera prolongé jusqu’en 2016- 2017. Sur les rangs pour le remplacer, le Shadow 200 de l’américain Textron ainsi que le Watchkeeper, développé par Thales, pour le compte de l’armée britannique. « Lancé en 2004, il sera opérationnel fin 2011. Capable de voler entre 4000 et 5000 mètres d’altitude, il voit nuit et jour avec une résolution inférieure à 1 mètre, dans un rayon de 150 km autour de son point de contrôle. Avec le Watchkeeper, l’Europe dispose d’un drone tactique de nouvelle génération », explique Pierre-Éric Pommelet, directeur général de Thales pour les systèmes de mission de défense.

Traité franco-britannique

L’Harfang a été mis en service en 2009 par Cassidian pour une exploitation jusqu’en 2013. « Les 3 avions volent tous les jours. Ils ont franchi le cap des 4 000 heures de vols en Afghanistan. EADS a soumis une offre basée sur la livraison d’Harfang modernisés d’ici à un an et demi sans rupture capacitaire sur le terrain », souligne Nicolas Chamussy, directeur des drones chez EADS. En lice également, l’américain General Atomics et son Reaper, considéré par l’armée de l’air comme « l’état de l’art » aujourd’hui. Mais, avancent ses détracteurs, « entrer dans le système américain » ferait perdre son autonomie aux armées françaises. Gérard Longuet, le ministre de la Défense, doit arbitrer entre ces options intérimaires dans l’attente du futur drone Male européen.

Les Européens veulent créer une filière drone indépendante. Deux projets s’affrontent. Le Telemos promu par le tandem BAE Systems-Dassault Aviation qui s’inscrit dans le cadre du traité franco-britannique signé fin 2010 par Nicolas Sarkozy et le premier ministre David Cameron. Les deux partenaires promettent de livrer les premiers exemplaires cinq ans après la commande. Face à Telemos, le Talarion d’EADS, issu d’un accord tripartite entre la France, l’Allemagne et l’Espagne. Mais ce projet semble perdre de son actualité compte tenu de la volonté de Paris et de Londres de mutualiser leurs efforts en matière de défense. Une union des forces - Dassault et BAE étant ouverts à la participation d’EADS dans Telemos - n’est pas exclue in fine.

À horizon lointain (2040-2050), des drones de combat pourraient être mis en service. Le Neuron préfigure ce futur appareil furtif. Sous la maîtrise d’œuvre de Dassault Aviation, six industriels européens dont EADS se sont associés pour développer un avion de démonstration. Il doit effectuer son premier vol d’essai courant 2012.


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