vendredi 17 novembre 2017

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Les espions ont rendez-vous à Paris cette semaine

Alain Ruello, les Echos

lundi 20 juin 2011, sélectionné par Spyworld

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Américains, Israéliens et même Français : chaque pays dépêche ses « observateurs » pour arpenter les Salons. Lors du Bourget 2009, les Chinois sont allés un peu trop loin. Au point qu’ils ont failli être interdits de territoire un an plus tard, lors d’Eurosatory.

C’était il y a un an, lors du Salon Eurosatory, la grand-messe mondiale de l’armement terrestre. Contrairement à la plupart de leurs concurrents, qui présentent des blindés ou des canons grandeur nature, les entreprises du pavillon chinois se sont contentées d’affiches ou de modèles réduits. Et encore ! Il s’en est fallu de peu qu’elles soient interdites d’entrée sur le territoire national. Quelques semaines plus tôt, Quai d’Orsay et ministère de la Défense se sont affrontés sur le sujet. Pour ne pas fâcher Pékin, les diplomates plaidaient pour la mansuétude. Les militaires, eux, voulaient employer la manière forte. Matignon tranche avec un compromis : d’accord pour exposer, mais pas de matériel lourd.

Pour comprendre l’origine de cet épisode, resté confiné dans les cercles réservés, il faut remonter un an plus tôt, lors de l’édition 2009 du Bourget. Une entreprise chinoise est alors prise la main dans le sac en plein délit d’espionnage. « Ce n’est pas la seule qui a fauté, mais là, ils avaient dépassé les bornes », explique un témoin des faits de l’époque sous couvert d’anonymat. Aucun détail n’a filtré sur les moyens employés - certains évoquent un réseau d’écoute sophistiqué -, mais ils ont été jugés suffisamment graves pour que les plus hautes autorités françaises s’en saisissent.

Micros, photos, « carottages »

Etant donné le caractère souverain des technologies présentées, les Salons aéronautiques et de défense sont de vrais nids d’espions. Certains ne s’en cachent pas. A l’image de ces Chinois (toujours eux !) qui se baladent en groupe de stand en stand, l’appareil photo en bandoulière et la casquette vissée sur le crâne. Clic-clac et puis s’en va, tout sourire. On est loin de l’image du héros à la James Bond équipé de gadgets dernier cri. D’autres sont plus hardis, mais non moins discrets. L’année dernière par exemple, un curieux n’a pas hésité à se pencher sous les essieux d’un blindé léger de Panhard. Pas plus gêné que cela, l’impétrant s’en est allé aussi tranquillement qu’il était venu, une fois ses vérifications faites. Où cela ? Sur le stand d’un concurrent allemand, à quelques mètres de là. Le tout sous l’oeil à peine perturbé de Christian Mons, le PDG du fabricant de blindés.

Etant donné son âge vénérable, le VBL n’a, il est vrai, plus grand-chose à cacher. Les choses peuvent être plus sérieuses néanmoins. MBDA en a fait l’expérience en 2006 (toujours à Eurosatory), quand le fabricant de missiles européen a eu la désagréable surprise de découvrir qu’un pneu de son Souvim, un gros tracteur de déminage, avait été « carotté ». Spécialement conçu pour l’armée de terre française, sa composition est classée secret-défense. Les espions venaient-ils du froid ? « On ne le saura jamais », déplore un ancien salarié. Peu importe... car le pneu exposé était faux. Comme d’ailleurs tous les équipements sensibles. Dimensions modifiées, matériaux factices, formes imparfaites : toutes les maquettes exposées sur les stands français, en France comme à l’étranger, sont modifiées si besoin. La DGA s’en assure avant d’autoriser qu’un matériel soit exposé.

On aurait tort de croire que la menace vient essentiellement d’Asie. Américains, Britanniques, Turcs... tous les pays dépêchent leurs « honorables correspondants » pour arpenter les allées des manifestations professionnelles. Les Israéliens sont particulièrement dans le collimateur. « Une année, on en a trouvé un qui utilisait un supermicro dirigé pour écouter les conversations alentour. Depuis, on protège nos pavillons en les regroupant », témoigne un industriel.

Et les Français dans tout cela ? A peine plus vertueux. Au sein de la Direction du renseignement militaire, les espions de la Grande Muette, une sous-direction armement est censée couvrir les Salons kaki. Il s’agit de petites équipes, composées de sous-officiers spécialisés dans la guerre électronique ou l’avionique par exemple et qui agissent sous couverture. « On appelle cela du renseignement conventionnel. Mais, généralement, cela ne va pas très loin, quelques photos tout au plus », témoigne un bon connaisseur de l’institution. Pour ce qui est des technologies civiles susceptibles d’intéresser la France, c’est au sein de la DCRI et de la DGSE que cela se passe.


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