mardi 21 novembre 2017

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Vers un meilleur contrôle des lobbies auprès de l’UE

Jean-Pierre Stroobants, Lexpress.mu, via Veille.com

mercredi 1er février 2006, sélectionné par Spyworld

Bruxelles compte désormais 15 000 lobbyistes. Le chiffre est avancé par Siim Kallas, commissaire européen chargé des affaires administratives, d’audit, et de fraude. Siim Kallas estime que l’activité des lobbies et des 2 600 grands groupes d’intérêt qui disposent de bureaux dans la capitale européenne draine un budget “de 60 à 90 millions d’euros”. C’est beaucoup moins qu’à Washington, où les groupes de pression disposent, chaque année, de quelque 2 milliards de dollars, selon l’estimation de Roberta Baskin, directrice de l’ONG Centre for Public Integrity.

Cette Américaine, ancienne journaliste d’investigation, était, vendredi dernier, l’invitée des organisations Alter EU Alliance pour la transparence du lobbying et l’éthique et de Journalists@Your service, l’une des associations professionnelles de journalistes qui s’inquiètent de l’influence des groupes de pression sur les médias. “Le quatrième pouvoir a soldé son indépendance pour s’accomplir en instrument de propagande”, assène Raoul Jennar, chercheur, membre de l’Unité de recherche, de formation et d’information sur la globalisation, dans sa préface à Europe Inc. (éditions Agone), un livre sur le pouvoir des lobbies paru en 2005.

“Bruxelles arrive à la deuxième place des capitales du lobbying, mais en termes d’exposition des décideurs publics à cette activité, que l’on peut mesurer par le ratio lobbyistes/fonctionnaires plus élus, la capitale européenne arrive, de loin, en tête”, souligne Florence Autret, dans l’introduction d’un séminaire qu’elle consacre au sujet à Sciences Po Paris.

La Commission de Bruxelles, principale cible des bureaux de relations publiques, groupes industriels, représentations, unions professionnelles, cabinets spécialisés et autres groupes de réflexion, compte quelque 26 000 fonctionnaires. Les journalistes sont un bon millier à disposer d’une accréditation auprès des institutions de l’Union (Commission, Conseil, Parlement). Ils forment un autre “groupe cible” pour les lobbies. Et singulièrement pour certains centres que finance la grande industrie. 70 % des lobbyistes travaillent pour elle, toujours prêts à mettre à leur disposition un “expert” à même de résumer en termes simples l’actualité la plus compliquée.

Les hommes d’influence britanniques sont réputés pour décrocher l’information le plus tôt et tenter, ainsi, de peser au mieux sur les décisions.

De l’aveu d’un porte-parole de la Commission, ils disposent des meilleurs relais dans la presse : “Ouvrez le Financial Times le mardi, et vous saurez quelles seront, le lendemain, les décisions du collège hebdomadaire des commissaires”, ironise ce haut fonctionnaire.

Dans un document publié en novembre 2005, la Chambre de commerce et d’industrie de Paris (CCIP) invitait les entreprises françaises, en retard sur leurs homologues anglo-saxonnes en matière de lobbying européen, à “affiner leurs arguments et démultiplier leurs cibles”. Parmi celles-ci, relève la CCIP, les “faiseurs d’opinion, comme la presse”. L’auteur plaidait aussi pour une alliance entre “intelligence économique et lobbying”.

Daniel Guéguen, fondateur du bureau Clan Public Affairs, estime que les stratégies développées à l’avenir dans le domaine de l’intelligence économique “comporteront probablement le recours à des pratiques de manipulation, de déstabilisation et de désinformation”. Daniel Guéguen est de ceux qui s’affirment partisans d’une réglementation de l’activité des lobbyistes bruxellois. Ou du moins d’une “autorégulation”, avec la constitution d’un ordre professionnel.

Siim Kallas veut aller plus loin. Il a plaidé, en mars 2005, pour que les lobbyistes soient tenus de révéler leurs commanditaires et leurs sources de financement. La Société des professionnels des affaires européennes a réagi de manière virulente, amenant, semble-t-il, le commissaire à faire un pas de côté. Des organisations européennes de journalistes exigent toutefois que les projets de réforme soient concrétisés et allient la régulation de l’accès à l’information à un meilleur contrôle des lobbies.


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