samedi 21 octobre 2017

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Les entreprises françaises dans la guerre économique

CH, Infoguerre.com

jeudi 2 février 2006, sélectionné par Spyworld

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Lors de l’émission Mots Croisés, diffusée le mercredi 1er février sur France 2, la présidente du MEDEF Florence Parisot, accepte le principe du patriotisme économique s’il s’inscrit dans une démarche résolument offensive. Cette prise de position du MEDEF a le mérite d’être très claire et interpelle le pouvoir politique sur le contenu de la politique gouvernementale dans le domaine de l’intelligence économique. Les pouvoirs publics ne sont pas exclus des stratégies d’appui informationnel à mettre en œuvre pour aider les entreprises à conquérir des marchés à l’étranger. Jusqu’à présent, les réformes menées autour d’UBI France ont porté sur une rationalisation des circuits administratifs au service de notre commerce extérieur. Cet effort est insuffisant par rapport aux enjeux. Les attaques multiples que subissent aujourd’hui les entreprises françaises et européennes imposent d’autres réponses que l’accompagnement de leur approche des marchés étrangers. Des affaires en cours comme la déstabilisation que subissent actuellement plusieurs groupes d’origine française dans l’appel d’offre pour l’extension du métro du Caire démontrent que certains groupes utilisent tous les moyens d’action pour remporter un marché. Dans l’affaire du métro du Caire, des rumeurs ont été lancées par le biais de médias locaux sur des soi disantes tentatives de corruption orchestrées par des industriels français qui cherchent à obtenir le contrat. Ces rumeurs médiatiques légitiment des pressions de tous ordres sur les autorités en charge du dossier, et renforcent la pertinence du lobbying des concurrents.

La prime à l’attaquant

Ce type d’opération déloyale n’est plus un cas isolé. Jusqu’à la fin des années 1990, les officines de raiders en avaient le quasi monopole dans le monde occidental. Aujourd’hui, ces actions sont commanditées par des entreprises d’origine géographique très différente. Une grande diversité d’acteurs opère le plus souvent à partir de la société civile. La déstabilisation des entreprises françaises en Argentine a symbolisé la montée en puissance de ce type de problématique. Pour la première fois, un gouvernement prenait la tête d’un mouvement de protestation contre des intérêts économiques étrangers. Les attaques partaient des médias, de la rue et étaient relayées par des ONG. L’analyse de ce processus informationnel met en évidence un cercle « vertueux » sur lequel repose la légitimité de l’attaque. Une ONG dénonce, la presse en parle, le gouvernement local reprend la balle au bond pour mettre les entreprises en accusation. Cette recette fonctionne si bien qu’elle est reprise sur différents théâtres d’opération. Après l’Argentine, la Bolivie semble avoir été choisi comme un deuxième pays test.

Après l’Argentine, la Bolivie...

A la fin 2005, l’ONG Public Citizen a préparé son targeting de manière professionnelle. La cible n’a pas changé. Comme elle l’a fait précédemment en Argentine, Public Citizen cherche à dénoncer l’attitude des industriels français de l’eau dans la zone. C’est l’étude de son modus operandi qui retient l’attention. Première précaution : Public Citizen ne monte pas seule au créneau. L’ONG s’est associée à d’autres pour ne pas être considérée comme le perturbateur. En associant plusieurs ONG à sa réflexion et à son investigation sur le terrain, elle renforce la légitimité de sa prise de paroles. Seconde précaution : Public Citizen donne une dimension internationale à son networking. L’équipe que Public Citizen qui a été envoyée à la mi-novembre en Bolivie était accompagnée par un membre de l’ONG suisse RISAL (Réseau d’Information et de Solidarité avec l’Amérique Latine financé par la Fondation Luthérienne Mondiale), par un sociologue délégué par l’ONG anglaise Oxfam, par un membre d’une ONG canadienne, Polaris Institute et par quelques journalistes "indépendants" affiliés à l’ONG américaine. Cette équipe n’a pas cherché à aller au contact des représentants des industriels français de l’eau. Elle s’est contentée de faire le tour de tous les points d’appui possibles qu’elle a identifiés localement (représentants syndicaux, alter mondialistes et des cadres dirigeants du mouvement politique MAS-IPSP (Mouvement pour le socialisme ¬ Instrument politique de la Souveraineté du Peuple). Dans le cas présent, l’évolution du contexte politique bolivien a été un élément déterminant dans la préparation de sa future offensive informationnelle. Le Président Evo Morales, entré en fonction après les élections du 10 décembre 2005, est à l’écoute des forces qui dénoncent l’emprise des intérêts étrangers sur l’économie bolivienne. L’ONG Public Citizen exploite au maximum cette opportunité en prenant comme principal interlocuteur en Bolivie la fondation alter mondialiste Solon qui a reçu l’année dernière 50 000 dollars d’associations nord-américaines. L’objectif final de ce Bolivia tour a été d’élaborer les bases de l’argumentation qui sera utilisée par l’ONG pour préparer un contre-forum et mener une opération d’agit prop (publications, photos, exposés, débats publics) à l’occasion du Forum Mondial de l’Eau qui doit se tenir à Mexico entre le 12 et le 15 mars 2006. Les gouvernements d’Afrique du Sud et d’Argentine ont d’ores et déjà dit qu’ils enverront des représentants officiels au contre forum. Une forte délégation bolivienne sera sur place. Elle sera conduite par Solon.

Ne pas se contenter de regarder passer les trains

L’organisation de cette démonstration de force donne une idée assez précise du contexte conflictuel dans lequel évoluent certaines entreprises françaises. Les dessous des cartes sont d’autant plus difficiles à évaluer que les discours de surface semblent d’une limpidité remarquable. Le débat sur le libre accès à l’eau est aussi percutant que le slogan léniniste la terre aux paysans. Espérons qu’il ne débouche pas sur les mêmes avatars historiques. Les discours enflammés des Présidents Chavez et Morales contre l’impérialisme américain sont des cautions idéologiques a priori imparables. Mais l’histoire nous dira si la dimension éthique de ces tribuns de la plèbe est à la hauteur de leurs réalisations pour le bien être de leur population. Les forces qui s’engouffrent dans la brèche, en ayant d’autres idées derrière la tête, ont moins de préjugés. Pour l’instant, ce sont celles qui ramassent le maximum de la mise. Dans cette partie de billards à plusieurs bandes, les autorités françaises doivent faire la part des choses et ne pas perdre de vue les intérêts étrangers qui cherchent à affaiblir le positionnement des entreprises françaises. Les citoyens français qui mettent le doigt dans cet engrenage ont fortement intérêt de leur côté à délier les fils pour ne pas devenir de simples marionnettes dans un affrontement économique où l’enjeu fondamental se compte en France en dizaines de milliers d’emplois industriels.


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