mardi 21 novembre 2017

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Un espion américain trop près de chez vous

Léonore Mahieux, La Presse

mardi 16 août 2011, sélectionné par Spyworld

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Le New York Times a révélé dimanche que les États-Unis avaient des agents secrets et une base militaire au Mexique. La nouvelle a fait bondir les spécialistes mexicains de la sécurité, qui dénoncent la violation de la souveraineté nationale et de la Constitution de leur pays. Ils demandent des comptes.

« José Hernández Acosta, alias El Diego, second du groupe criminel La Linea, a été arrêté en coordination avec l’Agence de lutte contre le trafic et la consommation de drogue des États-Unis (DEA). » « La détention de Méndez Vargas, alias El Chango, leader du cartel La Familia, est le résultat d’un intense travail d’espionnage réalisé en collaboration avec la DEA. »

Depuis quelques mois, au Mexique, il est courant que les autorités reconnaissent la participation de l’agence américaine aux succès de la lutte contre le trafic de drogue. Officiellement, les deux pays échangent de l’information.

Mais un article paru dimanche dans le New York Times a déclenché un scandale. Son auteure, la journaliste Ginger Thompson, y révèle notamment l’existence, dans le nord du Mexique, d’une base militaire où travailleraient des agents du Pentagone, de la DEA et de la CIA, en collaboration avec des Mexicains. Elle évoque aussi le projet d’envoyer en sol mexicain des agents de sécurité privés, dont la présence avait suscité la controverse en Irak. Objectif : lutte contre le trafic de drogue. Mission : espionnage, écoutes téléphoniques, arrestations et interrogatoires.

L’article a fait bondir les spécialistes mexicains de la sécurité nationale. « Ce sont des activités qui relèvent exclusivement de la police mexicaine, explique le président de l’Association nationale des avocats démocratiques, Manuel Fuentes Muñiz. Le fait que des agents étrangers accomplissent ces tâches, même en collaboration avec des Mexicains, constitue une violation de l’article 25 de notre Constitution. »

Autre problème pour ce juriste : « Ces mesures sont menées de manière secrète par le seul gouvernement mexicain, sans l’accord du Congrès. » La présidence mexicaine affirme pour sa part que « l’échange d’information se fait dans le respect des normes de chaque pays et que le personnel étranger ne réalise aucun travail opérationnel et ne porte pas d’arme ».

Quant à l’existence de la base militaire, « pour des raisons de sécurité nationale, le gouvernement fédéral ne se prononcera pas sur la véracité de cette information », s’est borné à dire le porte-parole. Le président de la Chambre des députés a, cette semaine, demandé des éclaircissements.

Précédents

La controverse sur la présence d’agents états-uniens au Mexique n’est pas nouvelle. En 2009, la marine américaine, sur la base d’information obtenue des services de renseignement américains, avait exécuté le capo Arturo Beltran Leyva, dont la photo du corps dénudé et couvert de billets de banque avait été diffusée dans tous les médias. En novembre 2010, le journal Proceso a révélé l’existence d’un centre d’espionnage en plein coeur de la capitale, avenue de la Reforma. « Il s’agit d’un immeuble d’apparence banale, à 200 m de l’ambassade des États-Unis, ont écrit les journalistes Jorge Carrasco et Jésus Esquivel. Sur le toit, on peut voir une vingtaine d’antennes satellitaires. » Il s’agit en fait de l’OBI, Bureau binational d’espionnage. Ses installations accueillent, entre autres, des agents du Pentagone, de la CIA, du FBI et de l’ATF.

« Il y a des agents étrangers depuis des décennies, dénonce Eduardo Miranda Esquivel, président de l’Union nationale des juristes de Mexico. Mais ça s’est intensifié depuis la signature de l’initiative Merida, en 2007. » L’accord prévoit, entre autres choses, une assistance en matière de sécurité : formation de policiers, aide à la réalisation de pratiques d’espionnage, livraison d’hélicoptères...

« Aujourd’hui, la nouvelle est bien plus grave, dit Eduardo Miranda Esquivel. Il ne s’agit plus seulement d’agents qui déambulent sur le territoire, mais d’une base militaire, et donc d’une mission stable. » Le juriste dénonce la « violation de la souveraineté nationale et une invasion silencieuse » du Mexique.


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