mardi 21 novembre 2017

Accueil du site > Défense > International > Quel bilan peut-on faire de la politique européenne de sécurité et de (...)

Quel bilan peut-on faire de la politique européenne de sécurité et de défense ?

Nicole Gnesotto, professeur titulaire de la chaire Union européenne, institutions et politiques au CNAM et vice-présidente de Notre Europe, le Monde

mardi 13 septembre 2011, sélectionné par Spyworld

logo

Le bilan de la politique européenne de sécurité et de défense (PCSD) élaborée depuis 1998 tient en deux mots : succès extraordinaire, fragilité extrême. En dépit de l’atonie récente de l’Union européenne sur la scène internationale, il faut en effet souligner à quel point le bilan de cette première décennie de politique de défense commune a été positif.

L’histoire de la PCSD est en effet celle d’ une "success story" : en un peu plus de dix ans, l’Union européenne s’est dotée d’une légitimité, d’une capacité opérationnelle, d’une chaine décisionnelle et, surtout, d’une expérience concrète en matière de gestion des crises extérieures : 23 opérations, civiles, militaires ou mixtes, ont en effet mobilisé depuis 2003 près de 10 000 soldats et 5 000 policiers européens, sous décision et commandement de l’Union, en Afrique, au Moyen Orient, en Europe et en Asie. Dans ces interventions, les Européens se sont montrés capables d’effectuer différents types de mission, humanitaires (Soudan), de combat (opération Althea en Bosnie-Herzégovine) de désarmement (à Aceh en Indonésie), de formation en matière de police ou de réforme du secteur de la sécurité (Congo, Palestine), ou encore des missions d’aide à la reconstruction d’un Etat de droit (Kosovo) ou de lutte contre la piraterie (Somalie), toujours avec un succès reconnu.

A côté de cette politique centrée sur l’urgence des crises, la PCSD s’est vu très vite complétée, dès 2005, par une dimension plus structurelle, centrée sur la consolidation de la base industrielle de défense européenne : la création de l’agence européenne de défense (AED) a fait entrer la PCSD dans la durée de la programmation militaire commune. Quand on songe qu’il a fallu plus de cinquante ans pour créer une monnaie commune, la rapidité des réalisations de l’Union européenne en matière de sécurité et de défense demeure vraiment remarquable.

Cette nouvelle politique n’était pas toutefois sans faiblesses ni handicaps : l’absence de moyens financiers, des divergences réelles dans la vision du monde des Etats membres, des capacités militaires réduites ou inadaptées aux nouvelles missions post-guerre froide, des désaccords politiques sévères sur les relations à construire entre l’Union européenne et l’OTAN, bref, toute une série d’obstacles et de faux semblants empêchaient l’Union européenne de devenir véritablement un acteur majeur sur la scène stratégique internationale.

La PCSD fonctionnait sur le plan technique, mais l’Europe politique restait introuvable. Mais c’est surtout depuis deux ou trois ans que l’élan et la montée en responsabilité stratégique de l’Union européenne semblent s’être perdus dans les affres de la crise économique et financière. La politique de sécurité et de défense commune est devenue le dernier souci des Etats membres, le Royaume-Uni a repris son attitude négative à l’égard de toute ambition stratégique de l’Union européenne, l’OTAN apparaît de nouveau pour tous comme la solution la plus économique et la plus confortable.

Lorsque l’urgence est au rétablissement de la prospérité à l’intérieur de l’Union européenne, contribuer au rétablissement de la sécurité à l’extérieur de l’Union apparaît à beaucoup d’Etats membres comme une priorité très secondaire. Ce désintérêt stratégique est sans doute compréhensible au regard de la gravité de la crise économique. Il faut seulement espérer qu’il ne se transforme pas avec le temps en démission définitive.


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :