samedi 18 novembre 2017

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L’armée américaine crée de nouvelles bases dans la Corne de l’Afrique

Géraud Bosman-Delzons, RFI

dimanche 25 septembre 2011, sélectionné par Spyworld

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Les Etats-Unis bâtissent, dans la Corne de l’Afrique et dans la Péninsule arabique, un réseau de nouvelles bases pour des drones, destinés à frapper des membres d’al-Qaïda en Somalie et au Yémen, selon des informations parues mercredi 21 septembre dans le Washington Post. La stratégie du Pentagone n’est pas sans rappeler celle menée dans la zone AfPak (Afghanistan-Pakistan) où les raids des drones-tueurs sont quotidiens. Mais là-bas, cette stratégie avait mis cinq ans à se concrétiser, laissant tout le temps nécessaire à la nébuleuse terroriste de s’organiser. Au Yémen comme en Somalie, la menace al-Qaïda n’est pas une chimère, et l’armée américaine compte bien y augmenter le nombre de ses opérations aériennes.

Dans la Corne de l’Afrique les Américains pourront rapidement utiliser quatre bases aériennes, parmi les vingt-quatre centres de stationnement opérationnels dans la région. Deux d’entre elles ont déjà fonctionné.

Au nord de la Somalie, le Camp Lemonnier, à Djibouti, abrite d’importants moyens d’écoutes, et de reconnaissance.

A l’est, aux Seychelles, dans l’océan Indien, un hangar sur la base aérienne de Mahé accueille trois ou quatre drones MQ-9 Reaper. En principe, compte tenu de l’accord signé en 2009 entre le gouvernement de l’archipel et le Pentagone, les drones (aéronefs sans pilote) sont destinés à lutter contre la piraterie et ne sont pas armés.

Mais des documents diplomatiques, révélés par Wikileaks et dont le Washington Post a pris connaissance, ont prouvé que ces drones ont également conduit des opérations de contre-terrorisme en Somalie. La flottille de ces « chasseurs-tueurs » a repris ses opérations ce mois-ci, après un temps d’interruption. Ils peuvent être équipés de missiles et de bombes guidées par satellite. Peut-être d’ailleurs ont-ils été toujours opérationnels pour des frappes, même si cela a été formellement démenti.

Dans la péninsule arabique, une piste d’atterrissage doit voir le jour sous peu. Les Américains y pressentent l’émergence de nouveaux groupuscules dans les prochaines années.

Enfin, une quatrième base est en construction, à l’ouest, en Ethiopie, allié des Etats-Unis dans la lutte contre les shebabs, les islamistes qui contrôlent la partie méridionale de la Somalie. La présence américaine dans ce pays n’est pas nouvelle, des détachements militaires ont déjà été signalés à Bilate, Hoursso, et Gode. On évoque aussi depuis des années un aérodrome de fortune en brousse qui permettrait aux appareils américains de décoller pour mener des raids en Somalie.

Mais pour les drones, fragiles, nécessitant des dizaines de spécialistes au sol, des hangars de protection et des stations de guidage, un aéroport avec une piste en dur serait nécessaire. Celui d’Idiole, une ancienne base militaire éthiopienne n’est qu’à 200 kilomètres de la frontière somalienne et les Reaper peuvent rester près de 24 heures en l’air à la rechercher de leur cible...

« Deux points chauds en plein développements »

L’objectif visé par les autorités américaines est clair : contrôler l’ensemble de la zone, notamment pour éviter la propagation et le renforcement des groupes affiliés à al-Qaïda. Mais pour le Washington Post, il s’agit aussi de « ne pas reproduire les erreurs du passé », comme l’explique un ancien haut responsable militaire américain dans les colonnes du quotidien : « Nous positionnons en Afrique les forces nécessaires pour être en mesure de faire face à l’ennemi si celui-ci se développe plutôt que d’attendre cinq ans comme nous l’avons fait au Pakistan. »

Le Yémen et la Somalie seront bientôt encerclés par plusieurs flottes de ces drones chasseurs-tueurs. « Cela traduit notre perception qu’il s’agit bien des deux points chauds aujourd’hui en plein développement », affirme le même haut gradé.

Mogadiscio, la capitale somalienne, est en proie à de violents combats depuis 15 ans, tantôt aux mains de l’Union des tribunaux islamiques (shebabs), tantôt sous contrôle de l’armée éthiopienne. Les plans pour la création d’une nouvelle base aérienne en Ethiopie sont dans les tuyaux du Pentagone depuis plusieurs années, mais ont été retardés face aux réticences éthiopiennes.

Si les shebabs représentent le groupe islamiste le plus organisé dans la région, la présence d’al-Qaïda dans la péninsule arabique (Aqpa), au Yémen n’est pas à négliger, bien au contraire. Mercredi 21 septembre, dix membres présumés d’al-Qaïda ont été tués dans des raids de drones contre leurs bastions dans le sud du pays. La cible principale, Saïd al-Chehri, n°2 d’Aqpa, est sorti indemne.

Incarnée notamment par le cheikh Abdel Majid al-Zindani, la tendance islamiste radicale est implantée de longue date au Yémen. De nombreux Yéménites ont pris part au jihad en Afghanistan contre les Soviétiques. Et c’est dans le port d’Aden, en 2000, qu’al-Qaïda avait porté une attaque spectaculaire contre un navire de guerre américain, l’USS Cole. S’adressant au Congrès, le nouveau directeur de la CIA, déclarait le 13 septembre dernier qu’Aqpa « est devenue l’une des entités régionales les plus dangereuses du djihad dans le monde ».

A l’instar de la zone AfPak, la base éthiopienne pourrait être placée sous le contrôle de la CIA, et non de la Navy comme c’est le cas aux Seychelles. Ce qui signifie une prise de décisions plus souple en ce qui concerne la gestion des drones, de leur rôle de surveillance aérienne et de frappes ciblées. Les forces américaines ainsi rassemblées auront un potentiel de persistance augmenté dans la traque de leurs ennemis.


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