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"Watergrec" : à qui profite l’écoute ?

Le Figaro, avec AFP

vendredi 3 février 2006, sélectionné par Spyworld

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Au lendemain de la révélation d’une énorme affaire d’écoutes illégales de 46 responsables politiques et économiques, dont le Premier ministre Costas Caramanlis, la Grèce s’interroge sur le commanditaire de l’opération. Face aux silences du gouvernement, la presse et l’opposition soupçonnent les Etats-Unis.

La Grèce en passe d’entrer au Panthéon des affaires d’Etat. La conférence de presse télévisée tenue jeudi par les ministres des Affaires étrangères et de l’Ordre public n’a pas levé tous les doutes de la population. Après avoir confirmé les révélations du journal Ta Nea, selon lesquelles les plus hautes autorités politiques du pays ont été mises sur écoutes entre juin 2004 et mars 2005, ils sont restés muets sur l’origine du scandale.

Zones d’ombre

Se contentant d’assurer que ces écoutes n’ont posé « aucun problème avec notre politique étrangère », Petros Molyviatis, chef de la diplomatie, a laissé de nombreuses zones d’ombres, propices aux suspicions. Ainsi, le gouvernement n’a pas expliqué pourquoi il a attendu presqu’un an avant d’informer l’opinion, alors que le Premier ministre Costas Caramanlis est averti de l’affaire depuis le 11 mars 2005. Et a annoncé jeudi qu’une enquête préliminaire avait abouti mercredi... Ce qui interroge tout de même les observateurs : si le quotidien Ta Nea n’avait pas publié l’information en une jeudi matin, la conférence de presse, annoncée après la parution, aurait-elle eu lieu ?

Quel rôle pour Vodafone ?

Une autre zone d’ombre du dossier concerne la compagnie de téléphonie Vodafone, chez qui fut découvert le logiciel d’écoutes le 4 mars 2005. Les responsables n’ont informé le gouvernement grec qu’après avoir désactivé le même logiciel, empêchant ainsi les enquêteurs de remonter la piste jusqu’aux commanditaires. Et déclenchant les moqueries de la presse de droite, titrant « Vodafone Gate » (Apogevmatini) ou « La Grèce rendue aphone par Vodafone » (Eleftheros Typos). Même le commissaire européen Stavros Dimas a participé à la raillerie. Lors d’une conférence de presse au cours de laquelle il était interrompu par son portable, il a lancé à la salle hilare : « c’est Vodafone (...), je vais parler plus clairement et plus fort pour faciliter les choses ».

Les Etats-Unis suspect idéal

« L’Amériquécoute », « Quatre antennes et une ambassade », « Espionnage américain contre la Grèce », les grands titres allaient de l’ironie au plus grand sérieux pour accuser l’administration Bush. Avec un raisonnement dont le point départ est résumé par un personnage politique de premier rang, mis sur écoute et cité anonymement par l’AFP, « il est évident que les écoutes ont été effectuées par des services secrets étrangers, pour des questions de sécurité liées aux jeux olympiques de 2004 ». Or, les JO d’Athènes, les premiers dans l’ère de l’après 11 septembre avaient été placés sous haute surveillance, la Grèce étant considérée par les Etats-Unis comme un maillon faible de la lutte anti-terrorisme. Et les écoutes ont démarré deux mois avant lesdits JO. Et le périmètre des postes d’écoute relais, tel que communiqué lors de la conférence de presse gouvernementale, contient en son sein... l’ambassade américaine.

L’opposition socialiste gronde

Dans l’immédiat, la justice n’a ouvert des poursuites contre X que pour « violation du secret téléphonique », sans exclure toutefois d’autres poursuites pour espionnage. Le leader de l’opposition socialiste, Georges Papandreou, a jugé aussi que le gouvernement avait lui-même désigné comme piste les Etats-Unis, en donnant la zone des relais d’écoute. Le chef du Pasok, dont les membres du gouvernement précédent ont également été écoutés, a exigé que toute la lumière soit faite, tout en doutant de la capacité du gouvernement à le faire. Evoquant « le sommet de l’iceberg de l’opacité, de la désintégration des services due à un mécanisme de parti et d’initiatives politiques irresponsables », il a jugé que Costas Caramanlis et ses ministres n’étaient « pas à même de protéger le citoyen contre la violation de ses droits fondamentaux. »

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Le ministre de l’Ordre public Georges Voulgarakis a présenté le diagramme des écoutes lors d’une conférence de presse télévisée...


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