vendredi 17 novembre 2017

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Espionnage industriel chinois dans une entreprise lorraine

Valérie Richard, Estrepublicain.fr

mardi 11 octobre 2011, sélectionné par Spyworld

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Deux ressortissants chinois ont été mis en examen après avoir été surpris en train de photographier un prototype de moteur chez Converteam à Champigneulles( Meurthe-et-Moselle)

C’est un non-événement, un petit problème de non-respect des procédures internes », lâche du bout des dents Bruno Berkrouber, directeur juridique de Converteam à Champigneulles. « Nous ne souhaitons apporter aucun commentaire », s’empresse-t-il d’ajouter. Pourtant, c’est bien cette même direction qui a appelé les gendarmes le 26 septembre dernier…

La veille, deux stagiaires chinois, opérateurs bobinier arrivés mi-août sur le site, ont été surpris sur une zone sécurisée - qui leur était en principe interdite d’accès- en train de photographier des moteurs… Un agent signale l’incident à sa hiérarchie. La machine s’emballe, un scénario digne d’un film d’espionnage s’enclenche… Dès le lendemain, les deux hommes sont sommés de s’expliquer. Via l’interprète en mandarin, salarié à demeure à Champigneulles. Dans la soirée, ils sont placés en garde à vue à la gendarmerie de Frouard, deux officiers de l’antenne messine de la DCRI (direction centrale du renseignement intérieur) sont dépêchés sur place pour assister aux auditions.

Prototype top secret

Les deux hommes viennent d’ une antenne chinoise de Converteam, installée à Yantai dans la province de Shandong. Une entreprise qui fabrique des petits moteurs quand sa grande sœur française, elle, est spécialisée dans les moteurs à valeur ajoutée. Des bijoux de technologie destinés notamment à l’armée française (elle a équipé les porte-Dihélicoptère Mistral et Tonnerre). Elle fait d’ailleurs l’objet d’un audit en vue d’une habilitation « Confidentiel défense »… Elle reçoit cependant fréquemment des stagiaires chinois.

Le premier homme, âgé de 45 ans, reconnaît avoir pris des clichés sur ordre de sa société chinoise pour améliorer la qualité et le rendement de sa production, assure-t-il. Il dit ne pas comprendre ce qu’on lui reproche. Déjà venu en stage en juin précédent, il avait agi de même sans que cela pose de problème. Le second, 33 ans, propriétaire d’un ordinateur sur lequel on a retrouvé une cinquantaine de photos dont celle d’un prototype top secret, explique ne pas savoir comment elles se sont retrouvées là…

Dix ans de prison encourus

Chose certaine, la zone restreinte sur laquelle ils ont été surpris était truffée de panneaux interdisant clairement toute photographie. Déférés devant le juge d’instruction nancéien, Dominique Diebold, le 28 septembre dans la soirée, les deux hommes ont été mis en examen pour « collecte d’information sur intérêts fondamentaux de la Nation et livraison à une puissance étrangère entre le 18 août et le 25 septembre 2011 ». Des chefs de poursuite passibles de 10 années de prison. Ils ont été placés sous contrôle judiciaire avec obligation de pointer une fois par semaine au commissariat. Privés de passeport, ils attendent la suite des événements, dans un appartement-hôtel de Nancy… Une enquête est aussi en cours à l’intérieur de l’entreprise. La question a été évoquée lors d’un récent CE, elle le sera à nouveau la semaine prochaine.

La direction se serait-elle emballée un peu vite, comme elle le laisse entendre aujourd’hui ? « Elle veut minimiser les choses », soupçonne aujourd’hui sous le secret de l’anonymat une de nos sources. « Il ne faudrait pas que cette affaire puisse impacter l’avenir de notre entreprise… », ajoute inquiète cette même source.


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