samedi 21 octobre 2017

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Ecoutes téléphoniques : scandale à Athènes

Alexia Kefalas, le Figaro

samedi 4 février 2006, sélectionné par Spyworld

UNE AFFAIRE d’écoutes téléphoniques met la Grèce en émoi. Au total, les téléphones portables de 46 responsables politiques dont le premier ministre de centre droit, Costas Caramanlis, et son épouse, auraient été mis sur écoutes pendant près d’un an. Les ministres de la Défense, des Affaires étrangères, de l’Ordre public, de la Justice et de la Marine marchande, le maire d’Athènes, des militaires et des hauts fonctionnaires, mais aussi le commissaire européen à l’Environnement, Stavros Dimas, de nationalité grecque, ont été espionnés. Bref, tout le gratin de l’appareil d’Etat.

Tout a commencé quelques mois avant les Jeux olympiques de 2004 à Athènes, quand une organisation inconnue des autorités grecques a introduit dans le système informatique de l’opérateur de téléphonie mobile Vodafone un logiciel permettant d’espionner des dizaines de téléphones portables. Les faits ont été dénoncés en mars 2005 par le directeur général de Vodafone Grèce, qui a découvert le pot-aux-roses en enquêtant sur des dysfonctionnements techniques dénoncés par des clients. Mais ils ont été gardés secrets par le gouvernement jusqu’à la révélation de l’affaire, jeudi, par le quotidien Ta Néa.

Apparente bévue

Le responsable de Vodafone a avoué avoir désactivé le logiciel incriminé avant de dénoncer les faits aux autorités compétentes, ce qui empêche de facto le dépistage des malfaiteurs. La maison mère de Vodafone à Londres a affirmé que ce genre d’incident ne s’était jamais produit auparavant. Hier, les journaux se moquaient de l’apparente bévue de l’opérateur téléphonique. Le quotidien Apogevmatini dénonçait un « Vodafone gate » tandis qu’Elefthéros Typos titrait : « La Grèce rendue aphone par Vodafone. »

Des zones d’ombre entourent cette affaire. Le périmètre d’écoute, située entre les ambassades américaines et britanniques à Athènes, et le suicide par pendaison du directeur de la section de planification du réseau, 24 heures avant que la société Vodafone ne révèle l’affaire au gouvernement, font de l’enquête un véritable parcours de Dédale. L’opposition socialiste du Pasok et son président Georges Papandréou ont désigné la piste de « l’espionnage américain ayant pour cible le Moyen-Orient ». Washington a fait savoir que les Etats-Unis n’étaient pas concernés par cette affaire. Pourquoi le gouvernement grec, de son côté, a-t-il attendu onze mois pour rendre publique l’affaire, et ce seulement après les révélations de Ta Néa ?

Les premiers éléments de l’enquête ont été rassemblés par le procureur général de la Cour de cassation et le parquet grec a envoyé l’affaire devant le juge d’instruction. L’enquête portera sur les écoutes mais aussi sur l’espionnage et la violation du secret d’Etat. Aujourd’hui, la réputation de Vodafone est mise en cause. Les Grecs s’interrogent sur la sécurité de son réseau et pourraient, selon les estimations de la première radio grecque Skai, résilier massivement leurs abonnements.


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