dimanche 10 décembre 2017

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Nouveaux mystères autour du « Watergrec »

Stéphane Alliès, Le Figaro, avec la presse grecque

lundi 6 février 2006, sélectionné par Spyworld

De nouvelles révélations placent la société Vodafone au cœur de l’enquête sur les écoutes illégales d’une cinquantaine d’hommes politiques grecs, dont le Premier ministre. Le gouvernement, en proie aux critiques de l’opposition socialiste et de l’opinion, tente de réagir.

L’affaire des écoutes illégales en Grèce n’en finit pas de ressembler à un roman d’espionnage des mieux ficelés. Le gouvernement hellène a beau multiplier les annonces d’enquête (judiciaire, parlementaire, autorité des télécoms), il ne parvint pas à rassurer le pays. Ni les journalistes, qui se démènent pour tenter d’éclaircir les points obscurs du dossier.

Deux morts et une démission suspects

La presse a ainsi révélé un décès des plus troublants, celui d’un cadre de l’entreprise de téléphonie, Konstantinos Tsalikidis, 38 ans, retrouvé suicidé chez lui le 9 mars 2005. Soit la veille de l’annonce par le directeur de Vodafone de l’existence des écoutes au Premier ministre Costas Caramanlis. Qualifié dimanche par l’avocat de la famille d’« ingénieur brillant capable de localiser le logiciel d’écoutes », Konstantinos Tsalikidis était le directeur adjoint du département de la sécurité informatique.

Selon de nombreux experts cités par la presse grecque, « même non impliqué, il aurait été l’un des témoins clé pour retrouver les commanditaires. » Le frère du disparu a demandé au procureur du tribunal chargé de l’affaire à témoigner de « l’absence de raison qu’avait son frère de mettre fin à ses jours ». Il lui aurait également raconté « qu’il était sous pression à son travail. » L’avocat du défunt a demandé à ce que soient communiqués les courriels entrants et sortants de son client, tout en se demandant si l’entreprise en avait conservé des copies, laissant entendre que leur effacement constituerait une entrave à l’enquête.

Il est aussi question de l’assassinat d’un autre employé en septembre 2003, alors qualifié par la police de crime passionnel. Un dossier qui devrait être réexaminé, comme pourrait l’être la démission d’un autre cadre de Vodafone, qui occupait un poste-clé dans le secteur de la sécurité des systèmes au moment des faits.

« Aucun lien »

Pour Vodafone, « il n’y a aucun lien entre ces morts et l’affaire des écoutes. Toute insinuation est une erreur, pour ne pas dire pire », est-il annoncé dans un communiqué. Vendredi, Vodafone annonçait qu’une image précise du réseau avait été enregistrée avant le retrait du logiciel. Désactivé « dès sa découverte, ainsi que le prévoit le règlement », le logiciel retiré avait privé la police de la possibilité de localiser les réceptionnaires des écoutes. « Une copie de ce logiciel a été faite et conservée dans les archives de la société, mais sans pouvoir affirmer les dates de sa mise en fonction. »

Le gouvernement empêtré

En dépit des protestations de l’opposition, de la presse et de l’opinion, le gouvernement tente de garder le cap. Son porte-parole, Théodore Roussopoulos, est à nouveau allé au charbon dimanche, d’abord pour demander « que l’on laisse la justice achever son œuvre sans entraves. » Ensuite pour annoncer la constitution d’une commission d’enquête parlementaire, après la fin de l’instruction judiciaire. Enfin, l’ADAE (équivalent de la Cnil en Grèce) a convoqué à son siège l’ensemble de la direction de Vodafone, jeudi 9 février, afin qu’elle puisse répondre à toutes leurs question sur cette affaire.

Toujours sous le feu des critiques de l’opposition socialiste, qui insiste essentiellement sur le secret conservé pendant 11 mois avant la révélation du scandale, le gouvernement doit faire face à la défiance croissante de l’opinion. Un sondage paru dans le quotidien Kyriakatiki Eleftherotypia indique que 80% des personnes interrogées pensent que leurs conversations ne sont pas sûres, 73% estiment que le gouvernement n’a pas dit toute la vérité dans cette affaire et 62% doutent que les coupables soient connus un jour.

Présomptions

Faisant office de suspects idéaux, les Etats-Unis sont toujours la cible des accusations les plus nombreuses, après que le gouvernement a communiqué le périmètre dans lequel les communications interceptées pouvaient être écoutées. Une zone dont le centre approximatif serait l’ambassade américaine. Toutefois, le quotidien To Vima assure que des agents secrets du MI-6 britannique se seraient installés dans la même aire durant les Jeux Olympiques d’Athènes. Des JO qui constituent le mobile le plus incriminant, d’après la presse grecque, pour expliquer une manipulation américaine. Considérée comme maillon faible de la lutte anti-terroriste, la Grèce aurait été victime du peu de crédit accordés par les Etats-Unis en matière de sécurité, lors des premiers JO de l’après 11 septembre.

En complément

- "Watergrec" : à qui profite l’écoute ?
- Watergrec ?
- A lire en anglais : le dernier article en ligne sur le site de la Radio-télévision grecque


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