mardi 12 décembre 2017

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Ecoutes aux USA : le ministre de la Justice devant le Sénat

Le Figaro, avec AFP

lundi 6 février 2006, sélectionné par Spyworld

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Le ministre américain de la Justice Alberto Gonzales affrontait lundi le « scepticisme » de sénateurs profondément troublés par un programme d’écoutes menées aux Etats-Unis sans mandat de la justice, sur autorisation du président Bush.

Notifié qu’il devrait passer sa journée entière à répondre aux interrogations des élus de la commission des affaires judiciaires du Sénat, M. Gonzales a été averti dès l’ouverture de l’audition que les arguments juridiques avancés par l’administration à l’appui de ces écoutes laissaient les élus « sceptiques », y compris le président républicain de la commission Arlen Specter.

« Le président n’a pas carte blanche », a déclaré M. Specter, alors que M. Gonzales faisait valoir que le président américain, aux termes de ses fonctions de commandant-en-chef, était habilité à ordonner des écoutes dans le contexte de la « guerre contre le terrorisme ».

Campagnes d’opinion antigouvernementales très virulentes

Selon M. Gonzales, ce pouvoir issu de la Constitution est en outre renforcé par les pouvoirs accordés par le Congrès à la mi-septembre 2001, dans une résolution sur l’usage de la force adoptée quelques jours seulement après les attentats du 11 septembre contre New York et Washington.

Pris à partie par un membre du public présent dans la salle d’audition, M. Gonzales a toutefois eu la satisfaction de voir le démocrate Ron Wyden préciser dans un sourire : « je voudrais qu’il soit clair que vous n’êtes pas un fasciste ».

L’affaire des écoutes, révélée par la presse il y a près de deux mois, mobilise fortement la gauche, avec des campagnes d’opinion antigouvernementales très virulentes. « George Bush viole la loi », affirme notamment MoveOn.org dans un clip assimilant l’actuel président à l’ancien président Richard Nixon, poussé à la démission en 1974 pour une affaire d’écoutes politiques.

La séance étant publique, M. Gonzales s’est refusé à aborder les détails du programme d’écoutes. Il a toutefois indiqué qu’il jugeait les révélations de la presse « presque toujours, d’une façon ou d’une autre, inexactes, confuses ou fausses ».

Il a aussi assuré que le programme d’écoutes concernait exclusivement des communications avec un correspondant au moins se trouvant à l’étranger - et non des communications strictement intérieures, quand bien même les forces de l’ordre soupçonneraient deux correspondants se trouvant aux Etats-Unis d’appartenir à Al-Qaïda.

Plus de transparence réclamée

Jugeant ces bribes d’information largement insuffisantes, l’opposition a réclamé plus de transparence. « Nous ne savons rien d’autre de ce programme (d’écoutes) que ce que nous apprennent les journaux », s’est lamentée la démocrate Dianne Feinstein.

Selon une enquête du Washington Post publiée dimanche, les conversations et emails de 5.000 Américains ont sans doute été décortiqués suite à l’autorisatin donnée par le président Bush à la NSA, et chaque année une dizaine d’entre eux, maximum, ont vu leurs communications intérieures également interceptées.

Selon le général Michael Hayden, numéro deux du renseignement national et ancien directeur de la NSA, ce programme est d’autant plus justifié que, s’il avait existé avant le 11-Septembre, « des agents d’Al-Qaïda aux Etats-Unis auraient été identifiés ».

L’opposition compte sur des auditions à huis clos de la commission du renseignement pour être mieux informée sur la nature du programme, son étendue et ses résultats, mais l’ouverture d’une enquête en bonne et due forme est incertaine : elle doit être soumise à un vote interne dans les jours prochains.

Le président républicain de la commission du renseignement Pat Roberts, l’un des rares parlementaires à avoir été tenu au moins partiellement informé du programme d’écoutes, ne semble pas spécialement soucieux de tirer la controverse au clair. « Je crois que les Américains comprennent que le programme prudent et ciblé autorisé par le président bush n’a aucun rapport avec les abus du passé », a notamment affirmé M. Roberts vendredi.


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