vendredi 20 octobre 2017

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Ecoutes : de l’espion Farewell à l’espionnage de Plenel

Marie-Amélie Lombard-Latune, Le Figaro

jeudi 20 janvier 2005, sélectionné par Spyworld

Au procès des écoutes de l’Elysée, le tribunal correctionnel s’est penché hier sur un épisode marquant de l’histoire du contre-espionnage français : l’affaire Farewell.

ÉCOUTES DE L’ÉLYSÉE Un branchement lié aux révélations du journaliste sur la taupe soviétique

Pourquoi ne pas s’offrir un cours d’espionnage ? Du vrai, cette fois-ci. L’histoire de la guerre secrète entre KGB, DST et CIA au début des années 80. Cela change des petites intrigues de la cellule de l’Elysée. C’est Gilles Ménage, une fois de plus, qui joue les professeurs sur l’affaire Farewell. « Je vais essayer d’être synthétique, ce qui ne va pas m’exonérer d’être précis », prévient l’ancien directeur de cabinet de François Mitterrand. L’expérience de ses interventions précédentes invite à se caler le mieux possible dans son siège.

Farewell, donc - un nom de code - était un espion soviétique en poste en France de 1965 à 1970. « Un francophone, un francophile qui s’était fait beaucoup de relations avant d’être rappelé à Moscou », nous raconte Gilles Ménage. En 1981, l’espion refait surface et, par divers canaux, alerte les services français : « Il faut que je rentre en contact avec vous, c’est une question de vie ou de mort. » Dès lors, s’organise « la prise en charge opérationnelle » de cette taupe providentielle. Une source efficace puisque, très vite, une première valise de documents tout droit sortis du KGB arrive en France. « Ils nous donnaient les centres d’intérêt de l’espionnage soviétique en matière technologique », précise notre conférencier. Le président Kross, attentif : « Petrov, donc, permettait de savoir... » Gilles Ménage l’interrompt, offusqué : « Je ne dis jamais les noms ! » Le magistrat : « Ils sont dans tous les livres sur le sujet. »

En février 1982, Farewell ne donne plus signe de vie. Entre temps, il a livré 3 000 documents. Gilles Ménage, en plein élan : « Les Américains avaient fourni à Farewell un appareil - je n’en dirai pas plus - qui lui permettait de prendre des photos dans son bureau sans avoir à sortir les papiers. »

Retour à la scène hexagonale. Le 14 juillet 1981, François Mitterrand est mis au parfum par la DST. En partie, seulement, puisqu’on lui cache alors la collaboration avec les Etats-Unis. Selon son ancien directeur de cabinet, le président français se demandera longtemps si toute cette affaire n’avait pas été « montée pour le tester ». « C’est vrai qu’à l’époque, quatre ministres communistes étaient entrés au gouvernement et que le président des Etats-Unis était Ronald Reagan », souligne Jean-Claude Kross, auquel l’histoire contemporaine n’échappe pas totalement.

En avril 1983, pour montrer à l’URSS qu’elle n’est pas dupe de cet espionnage, la France expulse 43 diplomates soviétiques. Un an plus tard, l’épouse de Farewell fait parvenir à la DST un appel au secours. « Les services ont estimé qu’il était trop bien écrit en français, langue que Mme Farewell maîtrisait mal. Ils ont considéré que c’était un piège », précise Ménage. Plus tard, la DST apprendra la mort de la taupe.

Fin de l’histoire, reprise du sujet : les écoutes. Car, selon l’ex-directeur de cabinet, ce sont les révélations d’Edwy Plenel dans Le Monde en mars-avril 1985 sur l’affaire Farewell et les soupçons d’une manipulation de la CIA qui ont motivé le branchement du journaliste. Et là, malgré sa science, Gilles Ménage patauge.

Le président Kross, revenant à l’essentiel : « Je ne vous suis pas. Où est le mal fait par ces articles ? Car, enfin, les Soviétiques savent qu’ils sont par terre. Leurs diplomates ont été expulsés depuis deux ans. Mais le président de la République décide de faire écouter Plenel ? » Réponse du prévenu : « Ce n’est pas moi qui prends alors la décision mais je la comprends et je l’accepte. » Vingt ans plus tard, le tribunal, lui, comprend ceci : la cellule de l’Elysée tentait de neutraliser un journaliste gênant. Farewell, lui, avait dit adieu depuis longtemps.


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