lundi 23 octobre 2017

Accueil du site > Renseignement > International > Le Sénat américain ouvre ses auditions sur les écoutes téléphoniques aux (...)

Le Sénat américain ouvre ses auditions sur les écoutes téléphoniques aux États-Unis

Corine Lesnes, le Monde

mardi 7 février 2006, sélectionné par Spyworld

logo

Le professeur Barnett Rubin était à Londres, il y a une semaine, pour participer à la conférence internationale sur l’Afghanistan. Directeur de recherches à l’université de New York, il aide le gouvernement de Kaboul à élaborer une stratégie de développement. Tous les mois, quand il reçoit sa note de téléphone, "il y a bien cinq ou six appels pour l’Afghanistan", dit-il. Ne parlons pas des coups de fil passés du bureau ou des courriers électroniques en provenance d’Iran ou du Pakistan. Barnett Rubin a toutes les raisons de penser qu’il figure parmi les Américains dont les communications vers l’étranger sont interceptées par l’Agence de sécurité nationale (NSA) sans mandat judiciaire. Il n’a aucune preuve, mais il estime que son travail est affecté. Il a porté plainte contre la NSA.

James Bamford est un auteur réputé et spécialiste de l’agence ultra-secrète, sur laquelle il a écrit deux livres. Il l’a défendue jusque devant le Parlement européen en 2001, quand Bruxelles soupçonnait la NSA d’espionner les entreprises européennes et de communiquer des informations à leurs concurrents américains. Lui aussi a porté plainte. "La décision a été difficile et douloureuse", explique-t-il dans l’affidavit qui a été diffusé par l’American Civil Liberties Union (ACLU), l’association de défense des libertés publiques. Mais l’époque Nixon lui est revenue en mémoire. "Etant l’auteur qui a écrit le plus sur la NSA, je sais que quand elle a été autorisée à agir dans le secret absolu, sans supervision, elle est devenue incontrôlable", explique M. Bamford.

Larry Diamond, professeur à Stanford, est un spécialiste de la promotion de la démocratie. Il a été conseiller de Paul Bremer à Bagdad en 2004, à la demande de son ancienne collègue et actuelle secrétaire d’Etat Condoleezza Rice. Lui aussi s’est joint au procès intenté par l’ACLU contre la NSA. Il estime que les opposants qui travaillent à renforcer la démocratie à l’autre bout du monde sont en droit de pouvoir "communiquer librement" avec les Américains qui sont censés les aider. S’ils savent qu’ils sont écoutés, ils ne livreront plus d’informations, de peur que leurs conversations ne se retournent un jour contre eux. "Un bon nombre de ceux qui sont actuellement aidés par les Etats-Unis dans leur combat pour la liberté ont peur d’être trahis demain", écrit-il dans sa plainte.

Depuis que le programme d’écoutes a été mis sur la place publique à la mi-décembre 2005, le débat grandit, y compris chez les républicains, sur les pouvoirs spéciaux que peut s’accorder un président en temps de guerre. George Bush "n’a pas un chèque en blanc", a sermonné, lundi 6 février, le sénateur républicain Arlen Specter.

La commission des affaires judiciaires du Sénat a ouvert lundi une série d’auditions. Pendant huit heures, elle a entendu le ministre de la justice (attorney general), Alberto Gonzales, défendre un programme en en livrant le moins possible. Les sénateurs n’ont même pas réussi à lui arracher le nombre des Américains qui sont écoutés, les estimations variant de 5 000 à plusieurs centaines de milliers, selon le Washington Post. "J’aimerais beaucoup pouvoir partager cette information avec vous mais elle est classée", a invariablement répondu l’attorney general. Le démocrate Patrick Leahy n’a même pas pu savoir avec certitude si le programme permettait d’"ouvrir le courrier des citoyens américains".

Son collègue, Joe Biden, n’a pas pu s’empêcher de pouffer lorsque M. Gonzales a reproché à la presse de trop parler de l’affaire, ce qui rappellerait aux terroristes que la NSA intercepte leurs appels téléphoniques. "Sinon, a-t-il dit, ils oublient".


Envoyer : Newsletter Imprimer : Imprimer Format PDF : Enregistrer au format PDF PartagerPartager :