samedi 21 octobre 2017

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Le rapport de la CIA qui agace Bruxelles

Alexandrine Bouilhet, Le Figaro

vendredi 21 janvier 2005, sélectionné par Spyworld

UE Les Américains dressent le portrait d’une Europe dépassée économiquement par la Chine, l’Inde et même le Brésil en 2020

Vue de Washington, l’Union européenne n’est pas une puissance d’avenir. En 2020, elle sera surpassée sur le plan économique par la Chine, l’Inde, voire le Brésil ou l’Indonésie. Plombée par une population vieillissante, une croissance en berne, et un élargissement sans fin, l’Europe sera incapable de jouer le rôle qu’elle ambitionne sur la scène internationale. Dans quinze ans, seuls les Etats-Unis pourront encore se prévaloir du titre de superpuissance. Telles sont les conclusions, peu encourageantes pour le Vieux Continent, de l’étude prospective publiée, mi-janvier, par le National Intelligence Council (NIC), le « think tank » du directeur de la CIA (*).

« La capacité de l’Europe à peser sur les affaires du monde dépendra de sa cohésion politique », lit-on dans le rapport. « L’intégration de dix nouveaux pays sera un frein à l’approfondissement des institutions, à l’émergence d’une vision stratégique commune, d’une politique étrangère et de défense européenne ». D’après l’étude du NIC, dirigé par Robert Hutchings, les dépenses militaires cumulées des Etats membres seront inférieures, dans quinze ans, à celles de la Chine ou des Etats-Unis. « Les pays européens ont toujours eu des difficultés à coordonner leurs dépenses militaires », indique le rapport. La capacité de l’Europe à mettre sur pied une armée commune reste une « question ouverte », notamment parce qu’elle rentrerait « en concurrence avec les forces de l’Otan ». Chantre de « multilatéralisme », l’Europe pourrait, au mieux, « servir de modèle de gouvernance régional » à des puissances émergentes en quête d’alliances hors des Etats-Unis.

Intitulé Mapping the Global Future, ce document de synthèse de 120 pages, rédigé à partir des analyses de plus de mille experts à travers les cinq continents, a jeté comme un froid dans les bureaux à Bruxelles. Non seulement il ne mentionne rien du projet de Constitution, mais l’élargissement à l’Est, projet pourtant appuyé par les Etats-Unis, est surtout dépeint comme un frein économique, « Bruxelles n’ayant qu’une petite partie des fonds nécessaires pour le rattrapage économique des nouveaux Etats membres ». L’entrée de la Turquie est analysée comme une source de tensions, en raison de l’intégration d’une « forte population musulmane ».

Faute de réformes économiques majeures notamment en Allemagne, en France et en Italie, « l’Union européenne risque de voler en éclats ou de se désintégrer », renonçant à faire adhérer la Turquie ou les Balkans, et, du coup, à jouer un rôle de taille sur la scène mondiale. Les eurocrates sont d’autant plus agacés par cette vision « simpliste » et « catastrophiste » de l’Union, qu’ils préparent avec minutie la visite de George W. Bush le 22 février à Bruxelles. « Si les experts du NIC considèrent l’Union comme quantité négligeable, pourquoi le président des Etats-Unis viendrait-il perdre son temps à Bruxelles ? », interroge l’un d’eux. « Nous n’avons pas de temps à perdre avec ce type de polémique », rétorque-t-on sèchement dans l’entourage de Javier Solana, le chef de la diplomatie de l’Union. « Notre politique à nous, ce n’est pas de parler des Américains, mais de parler avec eux ! Nous devons travailler ensemble sur la Russie, l’Ukraine, le Proche-Orient. L’heure n’est pas à la théorie, mais à la pratique. » Les récents commentaires des Américains sur l’entrée de la Turquie dans l’Union, à laquelle ils sont très favorables, ont eu le don d’irriter le commissaire finlandais à l’Élargissement. « Les Etats-Unis n’ont pas à interférer dans les négociations entre Bruxelles et Ankara », a-t-il répété cette semaine au Parlement. « L’élargissement est une affaire européenne, pas américaine. »

(*) www.foia.cia.gov


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