vendredi 20 octobre 2017

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Débat autour des écoutes de la NSA

Chloé Artigue, Stopinfos.com

jeudi 9 février 2006, sélectionné par Spyworld

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La révélation par le New York Times en décembre 2005 d’un vaste programme d’écoutes menées par l’Agence de sécurité nationale (NSA) sur ordre du président Bush continue de susciter un vif débat outre-Atlantique. Une commission des affaires judiciaires a été élue au sein du Sénat américain afin de faire la lumière sur ce programme.

Le reproche majeur adressé à l’administration Bush est le fait que les écoutes aient été menées sans mandat de justice. Elles auraient conduit à la surveillance de quelques 5 000 Américains, selon le Washington Post. Des systèmes informatiques ont filtré des milliers d’appels téléphoniques, e-mails et faxes, permettant ainsi à des agents du renseignement de déterminer les personnes nécessitant une surveillance particulière. Si le gouvernement américain affirme qu’un tel programme est nécessaire à la sécurité des Etats-Unis, de nombreuses personnes s’interrogent quant à sa légalité et aux éventuelles violations des libertés individuelles qu’il engendre.

"Guerre contre terrorisme" et "sécurité nationale" à l’ordre du jour

Le ministre américain de la Justice Alberto Gonzales a été entendu lundi par la commission judiciaire du Sénat. Il a mis en avant le rôle inscrit dans la constitution de commandant en chef de George Bush ainsi que les pouvoirs spéciaux qui lui ont été accordés par le Congrès dans une résolution adoptée peu de temps après les attentats du 11 septembre 2001. "Comme le président l’a expliqué, le programme de surveillance (...) exige un maximum de vitesse et de souplesse", affirme le ministre. Michael Hayden, numéro deux du renseignement national et ancien directeur de la NSA, estime pour sa part que si le programme avait été mis en place avant le 11 septembre, "des agents d’Al-Qaïda aux Etats-Unis auraient été identifiés." Alberto Gonzales s’est cependant heurté au scepticisme de la commission sénatoriale présidée par le républicain Arlen Specter. Ce dernier affirme que "le président n’a pas carte blanche" et a déclaré que si la commission concluait que le chef d’Etat a violé la loi, il n’hésiterait pas à recourir à l’impeachment, ou procédure de destitution.

Une opposition

Outre Mr. Specter, d’autres membres du parti républicain ont exprimé des doutes quant à la méthode employée par George Bush -sans pour autant remettre en cause la nécessité du programme. "Je ne connais aucun fondement juridique qui permette de contourner la justice pour ordonner des écoutes", avait déclaré Lindsey Graham, autre républicain membre de la commission, lorsque l’affaire avait été dévoilée en décembre. Larry Diamond, professeur à l’Université de Stanford et ancien conseiller de Paul Bremer à Bagdad en 2004, craint pour sa part que ceux qui travaillent à renforcer la démocratie à l’autre bout du monde ne livrent plus d’informations de peur d’être sur écoute. "Un bon nombre de ceux qui sont actuellement aidés par les Etats-Unis dans leur combat pour la liberté ont peur d’être trahis demain", écrit-il dans une plainte contre la NSA.

Parmi les Démocrates également, les critiques ne manquent pas. L’ancien président Jimmy Carter estime que le président américain a violé la loi. "J’espère que l’affaire finira à la Cour suprême", a-t-il déclaré. Un clip vidéo produit par l’association MoveOn.org va même jusqu’à assimiler George Bush à Richard Nixon, président poussé à la démission après le scandale des écoutes politiques du Watergate en 1974. De peur qu’Alberto Gonzales ne livre pas assez de détails sur le programme pour des raisons de "sécurité nationale", certains démocrates ont d’ores et déjà demandé des auditions complémentaires, parmi lesquelles figurerait notamment l’ancien ministre de la Justice John Ashcroft.


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