lundi 11 décembre 2017

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Les Etats-Unis sont soupçonnés d’avoir mis sur écoutes les dirigeants grecs

Didier Kunz, le Monde

jeudi 9 février 2006, sélectionné par Spyworld

Une semaine après la révélation d’écoutes téléphoniques qui visaient l’ensemble de l’appareil d’Etat pendant les Jeux olympiques d’Athènes, à l’été 2004, les Grecs s’interrogent toujours sur l’origine de l’opération. Mais les hypothèses privilégient les Etats-Unis. "C’est normal, tout les désigne", a affirmé un expert de la sécurité sous couvert d’anonymat. "On peut largement supposer que les Américains surveillaient les responsables grecs pour s’assurer du travail accompli pour la sécurité des Jeux, mais aussi pour détecter en amont des menaces éventuelles", a-t-il ajouté. Les Grecs, accusés dans le passé de laxisme face au terrorisme, avaient pourtant déployé des efforts considérables pour la sécurité des Jeux. Des experts internationaux avaient été sollicités, d’Europe, mais aussi d’Israël et des Etats-Unis. L’OTAN, Europol et Interpol avaient été mis à contribution, et des coopérations internationales en matière de renseignement avaient été établies avec la Russie, la Chine, l’Italie et les Etats balkaniques voisins de la Grèce.

La Grèce avait reçu des louanges. "Après un effort gigantesque de modernisation et d’organisation, les forces de sécurité grecques ont fait un bond en avant, c’est assez remarquable", avait ainsi souligné le directeur de l’Institut national des hautes études de sécurité (Inhes), Régis Guyot, lors d’une visite à Athènes.

L’annonce des écoutes, jeudi 2 février, a fait l’effet d’une bombe, dont l’onde de choc est encore présente dans tous les médias nationaux. La liste des personnes ciblées est impressionnante : le premier ministre Costas Caramanlis a été visé en personne, ainsi que ses ministres de la défense, des affaires étrangères, de l’ordre public, de la justice et de la marine marchande. Plusieurs hauts responsables de l’armée, le maire d’Athènes, Dora Bakoyannis, des activistes de gauche et une dizaine de personnes aux noms à consonance arabe figurent parmi les autres cibles. Mardi soir, devant une commission parlementaire, le ministre de l’ordre public, Georges Voulgarakis, a rajouté à cette liste les noms des chefs de la police, de la sécurité des Jeux, de l’antiterrorisme et des services secrets (EYP).

SCANDALE

Selon le gouvernement, les écoutes ont commencé deux mois avant les Jeux et ont duré jusqu’en mars 2005, quand un responsable de la filiale grecque de l’opérateur de téléphonie Vodafone, qui enquêtait sur des dysfonctionnements techniques dénoncés par des clients, a découvert un mécanisme moderne d’écoutes téléphoniques. Les responsables ont désactivé le logiciel d’écoutes avant d’alerter les autorités, empêchant ainsi les enquêteurs de remonter la piste. Les autorités, qui ont découvert uniquement, jusqu’à présent, le mode opératoire et les personnes écoutées, ont gardé l’affaire secrète jusqu’à sa révélation, il y a une semaine, par le grand quotidien Ta Néa. Dès le lendemain, la presse grecque mettait en cause "l’espionnage américain contre la Grèce".

Le parti socialiste Pasok a jugé que le gouvernement avait lui-même désigné cette piste en précisant que les relais des écoutes étaient situés dans la zone de la capitale abritant de nombreuses ambassades occidentales, dont celle des Etats-Unis.

Plusieurs groupes de gauche et syndicalistes devaient organiser, jeudi 9 février, un rassemblement de protestation devant l’ambassade américaine. Ils dénoncent les services secrets américains mais accusent aussi le gouvernement conservateur de M. Caramanlis et la société Vodafone d’avoir tout fait pour tenter de dissimuler le scandale.


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