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Un ancien responsable de la CIA dénonce les manipulations de l’administration Bush pour justifier la guerre en Irak

Le Monde, avec AP

vendredi 10 février 2006, sélectionné par Spyworld

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L’administration Bush a "soigneusement sélectionné" les informations des services de renseignement américains pour justifier la décision d’attaquer l’Irak. Paul R. Pillar, le coordinateur du renseignement américain pour le Moyen-Orient et l’Asie du Sud entre 2000 et 2005, porte un regard très critique sur les rapports du gouvernement Bush avec la CIA, dans une tribune à paraître dans le journal Foreign Affairs.

Paul R. Pillar reconnaît que lui et ses collaborateurs ont commis des erreurs, notamment sur la question des armes de destruction massive. "Les renseignements que nous avions sur les armes irakiennes étaient erronés (...) mais ce ne sont pas ces informations qui ont conduit à la guerre", affirme-t-il. Se basant sur les requêtes transmises à la CIA par le vice-président, Dick Cheney, il estime que la guerre était décidée bien avant mars 2003.

"UN VENT FORT SOUFFLAIT TOUJOURS DANS LA MÊME DIRECTION"

Les responsables "ont ignoré toutes les analyses qui remettaient en question l’idée de la guerre, et ont accueilli favorablement toutes les analyses qui allaient dans le sens du conflit armé. Un fort vent soufflait toujours dans la même direction", poursuit-il, regrettant "l’énorme quantité de temps et d’attention consumée par l’appétit vorace de l’administration" pour des informations sur des liens - inexistants - entre Saddam Hussein et Al-Qaida.

Parlant de "politisation" du renseignement américain, Paul R. Pillar estime que"l’administration ne tenait pas compte des informations des services de renseignement, même pour prendre les décisions les plus importantes concernant la sécurité nationale". "Ces informations ont été délibérément mal interprétées et utilisées pour justifier des décisions déjà prise", assène-t-il.

La CIA, affirme-t-il, avait mis en garde le gouvernement, à plusieurs reprises, contre les conséquences d’une guerre. "L’analyse de l’ensemble des services de renseignement (...) était qu’il fallait éviter la guerre, et que si une guerre était déclenchée, il faudrait se préparer à un avenir sanglant." Tous auraient préconisé "un programme agressif d’inspections, en complément des sanctions déjà en place". Selon l’ancien responsable de la CIA, l’agence avait produit des rapports indiquant que l’Irak d’après-guerre "ne constituerait pas un terreau fertile pour la démocratie" et que le pays "aurait besoin d’un véritable plan Marshall" très rapidement pour éviter que la population ne se soulève contre les soldats américains.

L’administration Bush a ignoré tous les avertissements, poursuit Paul R. Pillar. Le gouvernement des Etats-Unis "est parti en guerre sans même demander (...) aucune information de niveau stratégique sur aucun aspect de l’Irak". "Le premier rapport qu’on nous a demandé sur les conséquences d’une occupation de l’Irak nous a été commandé un an après le début de la guerre", affirme-t-il.

Dick Cheney aurait poussé Lewis Libby à donner l’identité de Valerie Plame

L’hebdomadaire National Journal rapporte dans son édition du 9 février que le vice-président américain, Dick Cheney, a demandé à son conseiller Lewis Libby d’utiliser des informations confidentielles pour discréditer un détracteur de la politique de l’administration Bush en Irak.

L’ex-ambassadeur Joseph Wilson avait été l’un des premiers à contester publiquement les raisons avancées par George Bush pour déclencher la guerre en Irak. Il avait effectué une mission au Niger sur des soupçons d’achat d’uranium par le régime de Saddam Hussein, et en avait conclu que ces accusations étaient fausses. Elles avaient néanmoins été reprises, quelques mois plus tard, par M. Bush dans son discours sur l’état de l’Union, en janvier 2003.

Des documents judiciaires rendus publics la semaine dernière montrent que Lewis Libby a été autorisé par "ses supérieurs" à divulguer des informations confidentielles à des journalistes. M. Libby, ancien directeur de cabinet de Dick Cheney, est accusé d’avoir divulgué l’identité de l’épouse de Wilson, Valerie Plame, agent secret de la CIA, ce qui constitue un crime fédéral. Selon le jugement d’une cour d’appel rendu public vendredi dernier, "le vice-président a informé Libby de manière informelle" que l’épouse de M. Wilson travaillait à la CIA, un mois avant que son identité soit rendue publique. - (Avec AFP)


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