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Des archives américaines déclassifiées remises sous scellés

Jean-Louis Turlin, le Figaro

mercredi 22 février 2006, sélectionné par Spyworld

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Etats-Unis Le gouvernement a secrètement retiré l’accès à des milliers de documents qui avaient été rendus publics.

LE NEW YORK TIMES a décidément de bonnes antennes dans les milieux du renseignement. Après avoir révélé la surveillance électronique secrète de citoyens soupçonnés de contacts avec des organisations terroristes, le quotidien a jeté hier un nouveau pavé dans la mare en illustrant la culture du silence reprochée à l’Administration Bush : le reclassement « top secret » de dossiers d’archives tombés dans le domaine public après la période légale de vingt-cinq ans.

Certes, l’affaire ne date pas de George W. Bush. La CIA avait obtenu dès 1999 le droit de retirer du centre des Archives nationales, des documents qu’elle jugeait trop sensibles. Depuis la signature du décret de « déclassement » signé par Bill Clinton en 1995, 55 000 dossiers ont ainsi changé de statut pour redevenir inaccessibles. Mais sur les 9 500 d’entre eux qui ont été effectivement consultables ou consultés, donc copiés, puis remis hors circuit, 8 000 l’ont été depuis l’arrivée de Bush au pouvoir. Les attentats de septembre 2001 n’ont fait que renforcer la tendance.

Le secret de ce programme de « reclassement » avait été d’autant mieux gardé qu’il fait l’objet d’une note confidentielle interdisant aux Archives d’identifier les agences gouvernementales aux ordres desquelles elles opèrent. Ce n’est qu’en décembre dernier, selon le Times, qu’un historien du renseignement, Matthew Aid, s’aperçut que « des douzaines de documents qu’il avait copiés il y a des années avaient disparu des rayons ouverts au public ».

Pressions de la CIA

L’affaire paraît d’autant plus invraisemblable que les sujets concernés relèvent de l’histoire ancienne, tels que des rapports sur la guerre de Corée ou les débuts de la guerre froide. Mieux : huit dossiers déclassés puis reclassés ont été publiés dans une série historique du département d’Etat, Foreign Relations of the United States. Un groupe de recherche de l’université George Washington a d’ailleurs annoncé son intention d’afficher sur son site Internet les documents que Matthew Aid a pu copier légalement mais qu’il n’est plus censé avoir en mains !

Parmi eux, figure peut-être un élément de réponse au pourquoi du secret non secret : un avis de la CIA jugeant une intervention chinoise en Corée « non probable en 1950 ». La note était datée du 12 octobre de la même année. Le 27 octobre, 300 000 soldats chinois franchissaient la frontière... Un détail suffisamment embarrassant pour que la centrale du renseignement tienne à le garder, si possible, sous silence.

La pression de la CIA et des autres agences d’espionnage est probablement plus en cause que celle de la Maison-Blanche, selon des experts interrogés par le Times. Mais ils observent que le reclassement de documents inoffensifs pour la sécurité nationale correspond aux tendances cachottières de l’Administration Bush.


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