lundi 16 octobre 2017

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Le nationalisme économique de la France fait tache d’huile en Italie et en Espagne

Jean-Michel Bezat, Jean-Jacques Bozonnet (Rome), Cécile Chambraud (Madrid) et Thomas Ferenczi (Bruxelles), le Monde

mercredi 1er mars 2006, sélectionné par Spyworld

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Le patriotisme économique provoqué par la vague d’offres publiques d’achat (OPA) en Europe suscite des débats houleux dans toute l’Union. Le mariage précipité de Gaz de France (GDF) avec Suez afin d’éviter le rachat de ce dernier par l’italien Enel a fortement relancé la polémique et exaspère Bruxelles. En Espagne, le gouvernement socialiste est divisé entre défense contre les OPA étrangères et engagement européen.

En Italie, le ministre de l’industrie, Claudio Scajola, membre du parti de Silvio Berlusconi, s’est entendu, mardi 28 février, avec l’administrateur délégué d’Enel, Fulvio Conti, pour créer une équipe réunissant des experts du ministère et du groupe d’électricité. Objectif : dresser une carte complète des entreprises françaises présentes sur le marché italien de l’énergie et mettre au point un texte pour limiter leurs droits de vote à 5 % du capital des groupes italiens. Seraient concernés, outre EDF, Gaz de France, qui a acquis 40 % d’Italcogim (distribution et vente de méthane) ; Electrabel-Suez, partenaire de la régie d’électricité de Rome, Acea, dans Tirreno Power ; Veolia, qui a repris Enel Hydro ; Suez, qui a la régie de l’eau dans la région Toscane, etc.

Romano Prodi, leader de l’opposition pour les élections législatives du 9 avril, a relayé l’indignation du gouvernement Berlusconi. L’ancien président de la Commission européenne a précisé qu’en cas de victoire la gauche pourrait revenir sur certaines opérations comme EDF-Edison et BNP Paribas-BNL. "Tout peut être congelé", a-t-il affirmé, avant de modérer son propos : "Je ne parle pas de rétorsions, mais de règles égales pour tous. Si nous ne pouvons pas entrer en compétition dans un secteur en France, je ne vois pas pourquoi la France pourrait acheter chez nous."

L’ancien commissaire européen à la concurrence, Mario Monti, s’est montré plus nuancé dans une tribune publiée, mardi, par le Corriere della sera. "La lucidité aurait dû suggérer de ne pas annoncer par avance l’intention d’Enel de lancer une OPA hostile. Et cette même lucidité suggère aujourd’hui de ne pas crier au loup", déclare-t-il. Car, selon lui, l’affaire n’est pas terminée.

A Paris, les PDG des deux groupes français, Gérard Mestrallet (Suez) et Jean-François Cirelli (GDF), ont défendu, mardi 28 février, la "cohérence" d’un "grand projet industriel" qui ne verra pas le jour avant décembre. M. Mestrallet et M. Cirelli ont affirmé que la fusion sera "créatrice d’emplois". FO a appelé à une grève, le 7 mars. Le PDG de Suez a indiqué que le pôle environnement de son groupe (eau, traitement des déchets...) "restera dans le groupe", alors que, si Enel avait racheté Suez, il l’aurait en partie cédé au français Veolia.

A Bruxelles, l’exaspération contre le nationalisme économique français, qui contamine l’Europe, monte. La Commission ne peut rien faire contre la fusion GDF/Suez, mais elle ne se prive pas d’exprimer son désaccord avec le concept de M. de Villepin dès qu’elle le peut. Mardi, Charlie McCreevy, le commissaire au marché intérieur, a relancé la polémique avec Paris sur son décret du 31 décembre 2005, qu’il juge "discriminatoire" et "protectionniste". Celui-ci - appelé "décret anti-OPA" - instaure un régime de contrôle des investissements étrangers dans dix secteurs protégés, tous liés à la défense, plus les casinos.

Le porte-parole du commissaire a affirmé que la Commission n’avait toujours pas reçu les éclaircissements demandés à Paris sur ce décret et qu’elle envisageait de lancer une procédure d’infraction contre la France. Le gouvernement français a pourtant répondu à la demande bruxelloise, vendredi 24 février, dans une lettre de dix-huit pages. Il y précise que son décret ne vise pas à "protéger les entreprises installées en France" mais à "garantir l’ordre public, la sécurité du territoire"...

En Espagne, la fusion entre GDF et Suez a envenimé la controverse qui accompagne l’action des pouvoirs publics pour favoriser l’OPA hostile de Gas Natural, la première entreprise gazière espagnole, sur Endesa, le premier électricien du pays. Le chef du gouvernement, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero, ne veut pas entendre parler de la contre-offre de l’allemand E.ON sur Endesa. Le gouvernement a approuvé, vendredi, des mesures générales visant, dans l’immédiat, à entraver l’offre d’E.ON.

Discret ces derniers jours, le ministre de l’économie, Pedro Solbes, a pris ses distances avec le chef de l’exécutif, mardi. "On ne peut pas, dans un contexte de globalisation, être enchanté de ce que les entreprises espagnoles s’implantent à l’étranger et empêcher que des entreprises d’autres pays viennent en Espagne", a déclaré M. Solbes. L’ancien commissaire européen a cependant demandé à ce que les règles soient les mêmes pour tous. Il a notamment évoqué E.ON, qui est protégé contre une éventuelle OPA dans la mesure où "le gouvernement allemand détient des mécanismes défensifs".


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