lundi 18 décembre 2017

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Oui à l’intelligence de l’économie !

Bernard Carayon*, Le Figaro

mercredi 26 janvier 2005, sélectionné par Spyworld

Je partage l’analyse (1) de Bernard Attali : l’intelligence de l’économie doit nous éviter les erreurs doctrinaires qui nous dissimulent les réalités de la mondialisation. D’accord avec lui également pour reconnaître que « l’angélisme n’est pas de mise » et lorsqu’il lui semble « hautement justifié » que « les pouvoirs publics et les entreprises se mobilisent pour mieux prévenir les coups bas ». D’accord avec lui, enfin, lorsqu’il estime que définir 120 secteurs comme « stratégiques » ne relève pas de la stratégie, surtout, ajouterais-je, si l’identification de ces secteurs n’a pas été adossée à l’expertise des entreprises et à une démarche européenne.

Personne ne songera à remettre en cause la sincérité ou la crédibilité de Bernard Attali, au point que je regrette qu’il ne précise pas qu’il travaille pour le fonds américain Texas Pacific Group, dont les fonds sont gérés dans des paradis fiscaux comme les îles Caïmans et qu’il est chargé de développer les investissements de ce fonds en France. Bien sûr, il aurait pu choisir de mettre ses idées et compétences au service de l’Europe en créant un fonds européen à l’image de ceux qu’il appelle de ses voeux, mais saluons plutôt ici la performance accomplie tant on sait qu’il est difficile d’être juge et partie...

C’est un fait connu des grandes entreprises : tous les marchés, notamment ceux qui relèvent de secteurs stratégiques - aéronautique, énergie, défense, pharmacie -, ne dépendent pas de la bienveillance de la « main invisible » d’Adam Smith, mais plutôt d’un bras de fer entre Etats, tant ces marchés sont générateurs de développement économique et surtout de puissance et d’influence.

Ainsi, l’ouverture du capital des entreprises aux investissements étrangers ne signifie pas qu’elles soient devenues apatrides. Depuis plus de dix ans (2), les Etats-Unis ont tranché ce débat et renoncé à opposer intérêts privés et intérêts publics. Ils se sont dotés des structures et des outils servant leurs intérêts. C’est ainsi que la CIA a choisi de se doter d’un fonds d’investissement pour s’assurer le contrôle de certaines technologies, que le Pentagone aussi finance la recherche de nombreuses entreprises, en particulier de Boeing, que l’administration, à travers l’Advocacy Center notamment, est entièrement mobilisée pour permettre aux entreprises américaines de gagner des marchés à l’étranger.

Avec l’arrivée de ces nouveaux acteurs et le développement des instances multilatérales, des fondations et des ONG, la mondialisation est devenue suffisamment complexe pour que l’on se donne une grille de lecture qui permette d’identifier ces acteurs et leurs méthodes d’intervention, parfaitement étrangères à l’économie de marché. L’intelligence économique est cette grille de lecture qui éclaire l’opacité de certains acteurs, nous permet, Français et Européens, de lutter à armes égales avec nos grands concurrents et de promouvoir la force du droit contre le droit de la force.

Comme l’a souligné le président de la République en juin 2003 à la DGSE : les menaces contemporaines ont surgi de la clandestinité : terrorisme, prolifération nucléaire, guerre économique sont autant de nouveaux défis que doit affronter notre pays. C’est pour travailler à la paix économique que le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a mis en place une politique publique d’intelligence économique. Au passage, je rappellerai à l’ancien haut fonctionnaire qu’il n’est pas raisonnable d’opposer le politique qui décide des orientations à ceux qui sont en charge de leur application. Cette politique s’inspire des meilleures méthodes et pratiques de nos partenaires et concurrents.

Serait-il efficace que la France oppose simplement une « vraie politique de salons professionnels » quand nos grands concurrents ont des stratégies par métiers et secteurs d’activités, développe des formes de protectionnisme sélectif en violation des règles de l’OMC, instaure des dispositifs juridiques qui protègent le coeur stratégique des entreprises nationales et mettent en place une politique d’achat par la commande publique comme le « Small Business Act » ? Nous sommes nombreux à ne pas le croire, et à nourrir pour la France et l’Europe une vraie ambition de puissance et d’influence, à travers la promotion de règles équilibrées du commerce international et de la transparence de ses acteurs.

* Député (UMP) du Tarn

(1) Le Figaro du 24 janvier.

(2) Notamment grâce au travail de Ron Brown, secrétaire d’Etat au Commerce de Bill Clinton.

(3) In-Q-Tel. Un de ses anciens administrateurs, Alex Mandel, est d’ailleurs un moment devenu au nom de TPG administrateur de Gemplus.

(4) A l’instar du plan acier américain de 2001.


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