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L’indiscrétion de trop au Renseignement ?

Pierre-François Besson, Swissinfo

lundi 6 mars 2006, sélectionné par Spyworld

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Les services secrets suisses se font doubler par une de leurs « taupes ». De quoi susciter le malaise, alors que débute la session de printemps du Parlement.

Cette affaire intervient après une série d’autres ’couacs’, dont la publication d’un fax égyptien confidentiel.

Tel est pris qui croyait prendre... En 2004, le Service d’analyse et de prévention (SAP) recrute un homme de 35 ans à sa sortie de prison. Sa mission : infiltrer le centre islamique de Genève, dirigé par Hani Ramadan.

Frère de Tariq (l’intellectuel genevois, enseignant en Grande-Bretagne), Hani a été renvoyé de l’instruction publique genevoise pour avoir publié une tribune libre appuyant les vertus de la lapidation. Il est depuis dans la mire des autorités.

Apparemment, rien d’irrégulier dans cette surveillance. La loi fédérale sur le maintien de la sûreté intérieure autorise l’acquisition d’informations par des informateurs, assure l’Office fédéral de la Police.

Cette mission intervient dans un contexte plus large qui voit ce type de centres faire l’objet de beaucoup d’attention de la part des autorités suisses et européennes depuis les attentats de Londres en juillet 2005.

Formée, affublée d’une légende personnelle crédible qui lui permet de se rapprocher d’Hani Ramadan, la « taupe » rempli sa mission. Elle fait ses rapports et fournit les renseignements désirés.

Des taupes de l’étranger

Après deux mois, le jeune Occidental se convertit à l’Islam. Et assez vite, il donne des signes de lassitude... Sans parvenir toutefois à convaincre le SAP de le laisser raccrocher, comme il l’affirme en tout cas.

A la mi-février, c’en est trop pour lui. Il s’en va livrer toute l’histoire à la « Tribune de Genève », numéro de téléphone de son contact au SAP à la clé.

« A chaque fois que je rencontrais des individus suspects ayant des liens avec des réseaux islamistes, le SAP les identifiait comme appartenant à des services de renseignements étrangers », assure-t-il au quotidien.

« On me demandait alors de me recadrer sur Hani Ramadan. C’était la priorité absolue (...). Le SAP voulait tout savoir, qui il fréquentait, qui se rendait au centre. Et même le nombre de sucre dans son café... C’était absurde. »

De son côté, Hani Ramadan affirme avoir reçu « une confession écrite sous forme d’excuses de l’agent en question le jour même où il a décidé de s’exprimer par voie de presse ».

D’autres fausses notes

Cette défection médiatisée ne fait pas rire grand monde. D’autant que les services secrets helvétiques n’en sont pas à leur première fausse note.

Il y a eu, en janvier dernier, le fax égyptien censé prouver l’existence de prisons secrètes de la CIA en Europe, intercepté par les services suisses. Un fax qui a fini dans la presse dominicale.

En 2004 déjà, une certaine confusion entre les divers piliers du renseignement avait failli mener à l’expulsion pure et simple du présumé terroriste Mohamed Achraf, recherché par l’Espagne.

Hans Hofmann est président de la Délégation des commissions de gestion du Parlement. Sa mission : contrôler en détail les activités en matière de sécurité de l’État et de services de renseignement.

Après la faxe égyptien, « il semble que nous ayons de nouveau affaire à une indiscrétion, ce qui est regrettable et qui m’inquiète », confie à swissinfo le sénateur UDC (Union démocratique du centre / droite dure).

Hans Hofmann constate qu’« à première vue, sur le fond, tout était légal ». La délégation qu’il préside devra préciser les faits lors de sa prochaine réunion de la fin mars. « A partir de là, nous verrons s’il y a lieu d’ouvrir une enquête. »

Un peu la loi du genre

Le Zurichois se refuse toutefois à jeter la pierre aux services de renseignements. « Cette affaire n’a rien à voir avec de l’amateurisme. Tous les services rencontrent des problèmes. Il suffit de voir la CIA ou les services britanniques... »

Mais cette tolérance n’est pas partagée par tout le monde. Il est notamment reproché aux services de renseignements leur obsession du secret et leur incapacité à travailler avec les sources ouvertes.

Un serpent de mer de la politique suisse réapparaît aussi. La réunion de tous les services actifs dans le renseignement au sein d’une même structure soumise à une même loi a en effet toujours ses partisans.

Plusieurs parlementaires confient en outre leur malaise face aux « ratés » récents. Le dernier en date devrait d’ailleurs faire l’objet d’interpellations lors de la session des chambres fédérales qui s’ouvre lundi à Berne.


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