dimanche 10 décembre 2017

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Quand Dumas justifie les écoutes

Nouvelobs.com

mercredi 26 janvier 2005, sélectionné par Spyworld

L’ancien ministre et fidèle de Mitterrand a justifié les écoutes de l’Elysée lorsqu’elles visaient des personnes "menaçant" le chef de l’Etat.

Roland Dumas, ancien ministre et fidèle de François Mitterrand, a justifié mardi 25 janvier les écoutes de l’Elysée lorsqu’elles visaient des personnes constituant une "menace" pour le chef de l’Etat, comme à ses yeux l’écrivain Jean-Edern Hallier et le journaliste Edwy Plenel. "A partir du moment où quelqu’un menace l’Etat, le chef de l’Etat ou l’un de ses proches, l’Etat, fût-il républicain, doit réagir !", a lancé Roland Dumas, entendu comme témoin par le tribunal correctionnel de Paris au procès des écoutes à la demande de Gilles Ménage, l’un des principaux prévenus. Prolixe, devançant les questions du tribunal et s’exprimant avec une visible gourmandise, l’ancien ministre des affaires européennes (1983-1986) puis des affaires étrangères (1988-1993), 82 ans, a aussi estimé que le fait que "la République utilise des écoutes à bon escient ne (le) choquait pas". Mis au courant en son temps par François Mitterrand du "branchement" par la cellule élyséenne de Jean-Edern Hallier et Edwy Plenel, Roland Dumas est revenu sur les nombreux griefs que le chef de l’Etat avait à leur encontre. A propos de l’écrivain, qui menaçait de révéler au public l’existence de la fille cachée de Mitterrand Mazarine Pingeot, il explique que le président lui avait dit lors d’une entretien en 1984 : "cet individu est un fou". Dans la même discussion, le président lui avait indiqué que Jean-Edern Hallier avait "pris des contacts avec des groupes terroristes" et voulait "enlever" sa fille par "chantage". L’écrivain demandait notamment à l’Elysée de régler son contentieux avec le fisc.

"cercle des mitterrandiens disparus"

Autre cible des écoutes de la cellule, le journaliste du Monde Edwy Plenel était selon Mitterrand "un agent" de l’étranger travaillant "contre les intérêts de la France", a poursuivi M. Dumas, évoquant un autre entretien datant cette fois de 1985. "Dans le journal Le Monde il y a toute une équipe qui travaille contre les intérêts de la France, m’a-t-il dit, et il a cité avec rage le nom d’Edwy Plenel", a raconté l’ancien ministre. A cette époque, M. Plenel venait de publier dans le quotidien deux articles relatifs à l’affaire Farewell, racontant l’expulsion en 1983 de 47 diplomates soviétiques en poste en France qui avaient été dénoncés par une "taupe" russe travaillant au sein du KGB pour les services secrets de l’ouest. Ces articles, qui mettaient en lumière des fuites dans les services secrets français, avaient provoqué la colère de l’Elysée. Pourtant les informations en question venaient du patron de la DST de l’époque Yves Bonnet, ce que de nombreux membres de l’appareil d’Etat savaient, dont le ministre de l’Intérieur Pierre Joxe, qui l’a dit à l’audience. Visiblement affecté par les attaques de Roland Dumas, Edwy Plenel, partie civile (Jean-Edern Hallier est décédé en 1997) a énergiquement réagi contre la "calomnie" visant à le présenter comme un agent de la CIA, montée par ce qu’il a appelé le "cercle des mitterrandiens disparus aigris". "Dire que quelqu’un a agi contre l’intérêt national c’est l’exclure de sa communauté. C’est une calomnie d’exclusion, la plus grave dans notre métier qui est public", a lancé Edwy Plenel. Le procès se poursuivait dans la soirée. Il reprend mercredi avec notamment l’examen des écoutes ayant visé l’actrice Carole Bouquet.


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