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Renseignement économique : la France "se met en ordre de bataille"

Nicolas Gaudichet, AFP

vendredi 10 mars 2006, sélectionné par Spyworld

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La France, longtemps naïve en terme de renseignement économique et de protection de ses secteurs stratégiques, se "met en ordre de bataille" face aux "attaques" relevées "chaque jour" contre ses entreprises, selon des experts.

Dans un rapport, le député UMP Bernard Carayon raconte la mésaventure de ce cadre d’une entreprise aéronautique française qui a dû laisser son ordinateur à une douane étrangère au motif que de la poudre d’explosif y aurait été décelée. L’ordinateur a été restitué deux semaines plus tard ... non sans avoir été "visité".

Les secteurs moins sensibles ne sont pas à l’abri : ainsi le responsable du développement d’une société de flacons qui se fait voler la même semaine son ordinateur et les dessins d’un prototype, rangés dans un tiroir fracturé.

"Chaque jour", de tels faits arrivent à la connaissance de la direction de la surveillance du territoire (DST), plus connue du grand public pour sa lutte antiterroriste, qui consacre pourtant "un quart de son activité à l’intelligence économique", explique un responsable.

En 2005, ce service a sensibilisé à la question 32.000 personnes (chercheurs, ingénieurs, patrons, étudiants,...) lors de conférences.

Intrusions sur des sites intranet, "vidanges" d’ordinateurs, débauchages de salariés, stagiaires trop curieux, plus rarement effractions : la liste est longue des méthodes pour piller une entreprise ou préparer son rachat.

Le secteur des sociétés privées de renseignement économique est d’ailleurs en pleine explosion.

Mais, relève une source policière, il n’est souvent pas nécessaire d’outrepasser la loi : "La plupart des informations sensibles sont disponibles en sources ouvertes". A l’instar de cette liste d’entreprises sensibles pour l’environnement, mise en ligne par une administration locale dans l’objectif louable d’informer le public, mais accompagnée de détails techniques précieux pour des concurrents.

"Les Américains interviennent souvent pour faire retirer des informations de sites internet d’entreprises", explique un spécialiste. En France, c’est encore rare.

Toutefois, assurent divers responsables, au moment où le Premier ministre Dominique de Villepin en appelle au "patriotisme économique", la France se met "en ordre de bataille".

Fin 2003, un ancien directeur du renseignement de la DGSE, Alain Juillet a été nommé Haut responsable à l’intelligence économique. Depuis un an et demi, Renseignements généraux et gendarmes sont chargés de faire remonter les faits suspects à la DST.

La "faiblesse capitalistique" de grands groupes mais surtout des jeunes sociétés innovantes est une autre fragilité française. "Pour prendre en charge une boîte émergente, les Américains ont une réponse : les fonds de pension. En France, soit un gros opérateur la détecte, soit la boîte se retrouve dépourvue", selon un responsable.

Ainsi cette start-up, signalée par un service de renseignement, dont les dirigeants seraient "tentés d’accepter toute proposition financière, y compris étrangère".

Le gouvernement soutient les fonds d’investissement créés par des institutions publiques, comme la CDC, ou privées, comme EADS et Aérospatiale. Mais leurs moyens ne sont pas comparables à ceux des Américains.

Un projet de décret, instituant une procédure d’agrément des autorités à toute prise de contrôle dans onze secteurs stratégiques, à l’image du dispositif américain Exxon-Florio, rencontre les plus vives réserves de Bruxelles. "Pour l’instant, il n’y a guère de prise de conscience européenne du problème", regrette un responsable.


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