mardi 24 octobre 2017

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L’antiterrorisme passe par l’internet et fait grincer des dents en Italie

AFP

dimanche 12 mars 2006, sélectionné par Spyworld

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Depuis l’adoption en Italie de nouvelles mesures antiterroristes, les gérants de cybercafés doivent exiger une carte d’identité de leurs clients avant de les laisser naviguer, une contrainte difficile à appliquer et qui suscite la colère des internautes. "Je ne suis pas un auxiliaire de police, c’est clair ?". Entre les murs de son point-internet, Mario, 50 ans, refuse toujours de respecter la loi à la lettre.

"Ici, les clients sont invités à remplir une carte de membre. Mais je ne leur demande pas leurs papiers et n’en garde pas copie, ça va à l’encontre de mes convictions", explique-t-il, sous couvert de l’anonymat.

C’est pourtant à cette obligation que doivent se plier tous les gérants de cybercafés de la Péninsule, depuis l’adoption d’un décret voté par le Parlement de centre-droit et destiné à renforcer la lutte antiterroriste.

La mesure est entrée en vigueur cet été à la suite des attentats de Londres et de l’arrestation dans la foulée à Rome d’un de ses auteurs présumés, Hamdi Issac, un Britannique d’origine somalienne dont un proche tenait un cybercafé dans la capitale italienne.

L’épisode avait placé sous le feu des projecteurs ces débits de services internet ou de téléphonie, des commerces où travaillent de nombreux immigrés et qui ont poussé comme des champignons ces dernières années, notamment près des stations ferroviaires des grandes villes.

"Ces mesures doivent nous permettent d’avoir accès à des informations parfois essentielles dans une enquête préventive", indique à l’AFP un responsable de l’antiterrorisme du ministère de l’Intérieur. "Il fallait un meilleur contrôle sur ces lieux, où peuvent passer des étrangers en situation irrégulière ou des personnes dangereuses", ajoute-t-il.

Singh, un Indien de 28 ans, tient à Rome une boutique internet, entre la gare centrale Termini et l’université La Sapienza.

"C’est difficile de demander ses papiers à quelqu’un. Les clients le prennent mal, certains préfèrent s’en aller", raconte-t-il derrière son comptoir, au bout d’une enfilade d’étroites cabines téléphoniques.

"Si j’avais choisi de ne +pas suivre+ les autorités, je me serais mis hors-la-loi et j’aurais risqué la fermeture. Mais maintenant, j’ai moins de clients, je perds un temps fou à les enregistrer et j’ai dû acheter du matériel que personne ne m’a remboursé", déplore-t-il.

Car les propriétaires ne doivent pas seulement garder une copie des pièces d’identité sur papier ou sur fichier informatique. Le décret les contraint aussi à "archiver" sur un serveur central — et ce jusqu’au 31 décembre 2007 — l’adresse des sites consultés par les clients et la destination des courriers électroniques, dont les contenus doivent cependant rester secrets.

Ces mesures ont reçu le feu vert de l’Autorité italienne pour la protection de la vie privée.

"Le décret prévoit que le contenu des communications ne soit jamais enregistré et que les enquêteurs n’aient pas accès aux données sans l’accord d’une autorité judiciaire", explique à l’AFP son président, Francesco Pizzetti, qui ne cache pourtant pas sa perplexité.

"J’espère que le Parlement a évalué avec justesse ces nouvelles normes en termes de coûts et de charge de travail pour les gérants de cybercafés", poursuit-il, ajoutant : "Il existe maintenant un risque de fermeture de ces services, souvent nécessaires à ceux qui n’ont pas les moyens d’avoir un ordinateur chez eux. J’espère que le jeu en vaut la chandelle."

Interrogé à la sortie d’un grand cybercafé de Rome, Davide de Carolis, étudiant de 19 ans, en doute : "c’est une invasion supplémentaire, on se rapproche chaque jour un peu plus de +Big Brother+", juge-t-il avant de remonter sur son scooter.


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