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Les habitants du port d’Iwakuni refusent le renforcement d’une base militaire américaine

Philippe Pons, le Monde

jeudi 16 mars 2006, sélectionné par Spyworld

Sur American Street s’alignent bars à filles, tailleurs et échoppes de tatoueur. A l’extrémité, un panneau barre la route : US Marine Corps Air Station. Des GI en faction intiment au visiteur l’ordre de circuler et vocifèrent en "japanglais" : "No shashin !" ("Pas de photo !"). Au confluent de l’embouchure de deux fleuves formant un delta dans la mer Intérieure, la ville d’Iwakuni (département d’Hiroshima) s’est accommodée pendant soixante ans d’être la plus importante base militaire américaine du Honshu (île principale de l’Archipel). Mais, dimanche 12 mars, elle s’est rebellée : sa population (120 000 habitants) a rejeté, à une écrasante majorité, le renforcement de la base décidée dans le cadre du redéploiement des forces américaines au Japon.

C’est la première fois - à l’exception d’Okinawa, où se trouve le gros des 38 000 soldats américains stationnés au Japon - qu’une ville nippone s’exprime par référendum sur la présence militaire des Etats-Unis. Un référendum municipal n’a pas force contraignante, et le gouvernement de Junichiro Koizumi a déjà annoncé qu’il ne reviendrait pas sur l’accord passé avec Washington. Sa politique n’en a pas moins été désavouée par le sursaut d’Iwakuni, qui pourrait raviver ailleurs l’opposition populaire à la présence des bases américaines.

UNE PISTE EN PLEINE VILLE

"C’est peut-être le début d’une mobilisation nationale pour rappeler à l’Etat qu’il ne doit pas seulement écouter Washington", commente Jungen Tamura, conseiller municipal et dirigeant du mouvement d’opposition soutenu par le maire, Katsusuke Ihara. Il sera difficile au successeur de celui-ci, dont le mandat s’achève en avril, d’ignorer la volonté de la population : 87 % des votants se sont prononcés contre le renforcement de la base, avec un taux de participation de 58 % (le seuil de validité d’un référendum municipal est fixé à 50 %).

Tokyo et Washington sont entrés dans la phase finale des négociations en vue du redéploiement des forces américaines dans l’Archipel, qui traduit une nouvelle extension de la portée du traité de sécurité de 1951 entre les deux pays. Mardi, le Pentagone a précisé que près de la moitié des marines basés à Okinawa seraient transférés sur l’île américaine de Guam (Pacifique) d’ici à 2012. Ce transfert concerne environ 7 000 marines, soit la moitié des effectifs de ce corps stationnés au Japon. Dans le cadre de la redéfinition de l’alliance militaire, qui couvrira désormais l’ensemble de la région, Iwakuni est appelée à devenir l’une des plus grandes bases aériennes des Etats-Unis en Extrême-Orient.

Port militaire réquisitionné par l’occupant américain en 1945, Iwakuni a un long passé de ville de garnison. Avec ses usines chimiques et son énorme base où sont stationnés 2 700 marines américains et 1 500 membres des forces d’autodéfense navales nippones, c’est une petite agglomération morne et grise. Régulièrement, le vrombissement des jets, qui, au décollage, doivent virer immédiatement au-dessus de la mer pour éviter de survoler les complexes pétrochimiques, déchire l’air.

Pendant des années, les habitants avaient demandé le déplacement de la piste située en pleine ville, et ils ont finalement obtenu qu’une autre soit construite en mer (coût : 240 milliards de yens, soit 1,7 milliard d’euros). Mais ils se sentent dupés. La piste, opérationnelle en 2008, est déplacée, mais la présence américaine sera doublée : 57 chasseurs supplémentaires seront transférés de la base d’Atsugi (sud-ouest de Tokyo).

L’économie d’Iwakuni, dont l’industrie est déclinante, dépend de la base militaire. L’expansion de celle-ci apportera des emplois, fait valoir la chambre de commerce, favorable à la construction, à quelques encablures de la côte, d’un "porte-avions" américain ancré en permanence dans la mer Intérieure du Japon. Mais la population locale vient d’envoyer un message à Tokyo et à Washington que résumait le maire à la veille du vote : "Sans tenir compte de l’opinion des habitants, aucune base militaire ne peut remplir sa fonction."


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