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Kourou sous haute protection

defense.gouv.fr

vendredi 28 janvier 2005, sélectionné par Spyworld

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Retrouvez dans nos dossiers en ligne, " Kourou sous haute protection ", publié dans Air Actualités du mois de février. Ce numéro inclut un dossier spécial, consacré aux éléments français au Tchad. Rendez-vous le 2 février dans les kiosques.

Ce dossier en ligne est peut-être pour vous une occasion de découvrir le magazine et de vous abonner...

Quel plus beau cadeau ! À sept jours de Noël, la mise sur orbite du satellite d’observation militaire Hélios II-A est une réussite. À l’instar du 60e anniversaire du Débarquement et du sommet de chefs d’État (G8) à Évian, cet évènement a fait l’objet de toutes les attentions de l’armée de l’air.

Depuis 25 ans, la Guyane rime avec Ariane". En bordure de route, un panneau publicitaire accueille les visiteurs venus assister, en direct, au ballet spatial à Kourou. Et c’est de la Guyane, terre d’amazone et d’espace, que le satellite d’observation militaire Hélios II-A a été lancé par la fusée Ariane-5, ce samedi 18 décembre 2004.

Il est 13 heures 26 minutes et 24 secondes précises (heure locale) quand une gigantesque flamme jaune s’élève dans le ciel, suivie par un grondement de tonnerre qui fait trembler les murs du centre de contrôle militaire (CCM), à 5 km du pas de tir. La fusée Ariane-5 vient d’emporter, à son bord, le satellite d’observation militaire Hélios II-A ainsi que six satellites auxiliaires.

Au même instant, à 70 km de Kourou, sur l’enceinte de la base aérienne 367 Cayenne Rochambeau, le personnel militaire et civil est sur le " qui-vive ". En effet, pour faire face au risque d’attaque terroriste, ce lancement fait l’objet d’attentions très particulières : l’armée de l’air a, pour l’occasion, mis en place un dispositif complexe de sûreté aérienne, au-dessus du département français g uyanais. Depuis l’aube, un avion radar E3F sillonne et surveille le ciel guyanais. "C’est le vol le plus long. Aujourd’hui, nous couvrons l’événement pendant dix heures. Notre but est de veiller l’espace aérien et d’améliorer la détection radar sur la zone de Kourou, confie le commandant Broch, chef du détachement E3F. Quelle que soit l’orbite où nous travaillons, l’avion E3F couvre l’ensemble du territoire guyanais et au-delà de ses frontières." Pendant ce temps, sur la piste militaire de l’aéroport Rochambeau, trois Mirage 2000C tiennent une alerte. Prêts à décoller en moins de sept minutes de jour et quinze minutes de nuit, ils sont armés de canons de 30 mm, de missiles Air-Air infrarouge Magic et de missiles à guidage électromagnétique Super 530. Pour parer à tout acte de malveillance venu du ciel, " nous déclenchons diverses mesures qui peuvent aller de la simple mesure de reconnaissance à l’interrogation visuelle ou radio. Nous pouvons également contraindre l’avion à changer d’itinéraire, explique le capitaine Ducorneau, chef du détachement Mirage 2000C. S’il n’obtempère pas aux injonctions du pilote, la mesure de tir de sommation ou de destruction peut être déclenchée." Près du pas de tir, trois hélicoptères Fennec armés de canons de 20mm, embarquant des tireurs d’élite, se tiennent prêts à repousser les indésirables en moins de sept minutes. "Les hélicoptères interviennent sur des aéronefs lents, précise le lieutenant-colonel Vinet, commandant de l’escadron d’hélicoptères outre-mer 68. Le Fennec permet, en outre, d’intercepter des avions volant à basse altitude. Pour le reste, un dispositif d’avions de chasse est déployé."

Parallèlement, un Puma assure la protection au sol du CSG et travaille en coopération avec l’armée de terre. Stationné au sein du 3e régiment étranger d’infanterie (REI) à Kourou, il a pour mission de déployer des légionnaires armés en cas d’infiltration de la zone protégée. Enfin, ce dispositif est complété par les missiles sol-air "Mistral" et des canons de 20 mm du 3e REI. Tous ces moyens sont coordonnés et contrôlés à partir du centre de contrôle radar de Kourou où sont installés les radars Centaure, Aladin et NC1. En coulisse, sous un climat chaud et très humide, des hommes s’affairent autour des aéronefs pour leur remise en œuvre sur le parking ; d’autres sont en alerte en cas d’éjection.

"Comme en métropole, la mission qui incombe aux forces armées en Guyane (les Faég) est de faire respecter la souveraineté nationale dans l’espace aérien guyanais, en toutes circonstances et, plus particulièrement, lors des lancements de la fusée Ariane " rappelle le colonel Schaeffer, commandant des forces aériennes en Guyane et de la base aérienne 367. Période particulièrement sensible. Ainsi, l’ensemble du dispositif déployé forme une bulle de protection au-dessus du centre spatial guyanais à Kourou. L’objectif est de détecter et d’identifier tout déplacement aérien dans un rayon de 400 km. Tout ce qui s’approche à moins de 100 km du centre spatial est systématiquement intercepté. En raison de la nouvelle capacité d’intervention de nuit des hélicoptères de l’EHOM, cette opération a été baptisée bubo, du nom du plus grand rapace nocturne de la forêt amazonienne. Grâce à l’acquisition d’une caméra thermique appelé CLHIO (caméra légère héliportée à infrarouge d’observation) et des jumelles à vision nocturne, la protection aérienne du site est maintenue de jour comme de nuit.

L’orchestration de l’opération est réglée comme du papier à musique. À Kourou, est déployé et établi dans un shelter spartiate un centre de contrôle des opérations aériennes de théâtre. Il est chargé de coordonner toutes les actions de planification, de programmation et de conduite, en temps réel. Néanmoins, la conduite de l’ensemble de la manœuvre de défense aérienne, au sol et en vol, est pilotée depuis le centre du CDAOA* à Taverny. En liaison directe avec celui-ci, le CCM travaille ainsi en symbiose avec l’ensemble des acteurs de la défense aérienne, sur le terrain. Une nouveauté réside pourtant dans le dispositif édition 2004 : la mise en place d’un chef de soutien des opérations (CSO). Il a principalement en charge la direction et la sécurité des vols.

En outre, dans le cadre de la préparation de l’opération Bubo, " nous avons sollicité du renfort en personnel et en moyen aérien auprès de l’armée de l’air ", souligne le lieutenant-colonel Sidler, commandant en second et adjoint Forces. La semaine précédant le lancement, du 12 au 15 décembre, de nombreux éléments ont été déployés progressivement. Arrivé de métropole, l’avion radar E3F de l’escadron de détection et commandement aéroportés " Berry " d’Avord, atterrit sur la piste militaire de l’aéroport Rochambeau, après onze heures de vol. Deux jours plus tard, en provenance de Dakar, trois Mirage 2000C de l’escadron de chasse 2/12 " Picardie " de Cambrai rallient la base, accompagnés du ravitailleur Boeing C135 du groupe de ravitaillement en vol d’Istres. De plus, jusqu’à une centaine de militaires de l’armée de l’air en provenance de la métropole et des Antilles sont venus épauler les 180 personnels affectés sur la base : contrôleurs aériens, tireurs d’élite, sauveteurs plongeurs, pompiers, cuisiniers, médecin et infirmiers. Pendant dix jours, les effectifs sont doublés. Ce renfort a demandé un réaménagement des infrastructures sur l’enceinte militaire : installation des douches de campagne, des toilettes chimiques et des tentes. " En conséquence, le personnel est logé sous tente ou sur des lits picots dans des bureaux transformés " précise le colonel.

En Guyane, en dehors des lancements de la fusée Ariane, la posture de protection est toujours de mise. " Deux contrôleurs aériens veillent, 24 heures sur 24, devant leurs écrans de détection ", confirme le lieutenant-colonel Lemasson, commandant du CCM. Ce dispositif s’appuie également sur l’artillerie sol-air du 3e REI et trois hélicoptères Fennec armés. " L’opération Bubo s’inscrit dans la continuité de notre activité. La mission MASA**, nous l’assurons tout au long de l’année au profit du CSG " confirme le lieutenant-colonel Vinet, entre deux appels téléphoniques. Pour mémoire en 2003, l’escadron d’hélicoptères a effectué 400 heures de vol en entraînement ou mission de sûreté aérienne au bénéfice du centre spatial. Ce qui représente, en moyenne, un vol par jour.

Depuis l’École militaire, à Paris, où le lancement a été suivi en direct, madame Michèle Alliot-Marie, ministre de la Défense, s’est déclarée " heureuse et fière du succès " de cette opération. Elle a tenu à remercier " les hommes et les femmes qui ont travaillé sans relâche pour rendre possible cette réussite ".

Photos (Sources : Sirpa air) :

- A pas de tir de la fusée, deux Fennec sont prêts à effectuer des interventions sur des aéronefs lents. A cette occasion, ils sont armés d’un canon et embarquent un tireur d’élite.

- Arrivé en métropole, l’avion radar E3F attérit sur la piste militaire après onze heures de vol

- Les trois mirage 2000C sont prêts à intercepter les avions indésirables en moins de sept minutes.

- 13h26. Ariane s’élance dans le ciel de Kourou, avec à son bord le satellite militaire Hélios II-A qui fournira des images de n’importe quel point du globe, de jour comme de nuit.

- Pendant l’opération " Bubo ", la base aérienne 367 "capitaine François Massé " a doublé son effectif.

- La sûreté aérienne du centre spatial guyanais incombe à l’armée de l’air en collaboration avec l’armée de terre. Ici, le 3ème régiment étranger d’infanterie.


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