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Les États-Unis ont espionné le programme nucléaire français

Peter James Spielmann, AP

mercredi 22 mars 2006, sélectionné par Spyworld

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Les agences de renseignement américaines ont surveillé dès 1946 le programme d’armement nucléaire français, recourant à des espions et à des informateurs, mais aussi à des navires, des avions de reconnaissance U-2, des satellites et des écoutes de l’Agence nationale de sécurité (NSA), selon des documents d’archives rendus publics mardi par un chercheur indépendant.

Ces documents déclassifiés, qui proviennent en autres de la CIA, du département d’État, du commandement Pacifique et du commandement stratégique aérien de l’armée américaine, ont été publiés et diffusés sur Internet par Jeffrey Richelson, chercheur au National Security Archive, groupe militant pour la liberté de l’information affilié à l’Université George Washington de Washington.

Si l’intérêt des États-Unis pour les capacités nucléaires d’un autre pays ne sont pas une surprise, les documents rendus publics par M. Richelson font apparaître l’importance des moyens mobilisés par Washington pour obtenir des renseignements et la durée des opérations d’espionnage menées à l’encontre d’alliés.

« Les États-Unis étaient simplement inquiets que d’autres pays, amis ou ennemis, puissent se doter de l’arme nucléaire », a expliqué Jeffrey Richelson à l’Associated Press. « Le renseignement avait pour mission de savoir à quel niveau ils se situaient. »

Les documents montrent les activités nucléaires françaises étaient suffisamment préoccupantes pour que la section de renseignement du Projet Manhattan (nom de code du projet de recherche mené pendant la Seconde Guerre mondiale, qui permit aux États-Unis de réaliser la première bombe atomique de l’histoire en 1945, NDLR) fasse en 1946 une série de rapports sur l’éventualité que les scientifiques français vendent leur savoir-faire nucléaire aux plus offrants.

En 1957, après la défaite électorale de Guy Mollet, qui s’était engagé à ne pas développer l’arme atomique, la France (quatrième pays à se doter de cette arme après les États-Unis, l’Union soviétique et la Grande-Bretagne) va établir une structure chargée de fabriquer la bombe et commencer à rechercher un site d’expérimentations dans le désert du Sahara, le premier essai intervenant en février 1960.

L’indépendance de l’Algérie contraindra la France à déplacer ses essais dans le Pacifique-Sud et les États-Unis à élargir leur surveillance jusqu’à l’atoll polynésien de Mururoa. Selon M. Richelson, cet espionnage entraînera en mai 1966 les deux seules sorties d’un U-2 depuis un porte-avions, l’USS Ranger. Le chercheur en a eu confirmation en enquêtant pour son nouveau livre « Spying on the Bomb : American Nuclear Intelligence from Nazi Germany to Iran and North Korea » (« Espionner sur la bombe : le renseignement nucléaire américain de l’Allemagne nazie à l’Iran et la Corée du Nord »).

Le document le plus récent mis au jour mardi est un résumé déclassifié du département d’État en date de 1987 sur la théorie française de dissuasion nucléaire face à la menace d’invasion soviétique.

Le dernier des quelque 30 document « top secret » publiés par Jeffrey Richelson reflète la préoccupation constante des États-Unis quant à la préservation de leurs secrets atomiques et au niveau d’avancement des autres nations, une démarche initiée en 1943 avec le, programme nucléaire naissant de l’Allemagne nazie.


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